阿波書房 · XXV
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Il y a une trentaine d’années, habitait ici dans cette maison même, deux vieux garçons, les frères Auguste et Joseph Jumelin, que l’on désignait sous la dénomination bizarre de M. et M me Jumelin. Auguste, maigre et sec, avait un grand corps efflanqué, aux jambes et aux bras noueux, la figure coupante et sans lèvres, la peau du front crevée d’os. Joseph, que tous appelaient Joséphine, était gros, gras, glabre, toujours vêtu d’une redingote serrée à la taille et ballante sur les jambes comme une jupe.

大約三十年前,就在這棟房子裡,住著兩個老單身漢。是奧古斯特・朱姆蘭和約瑟夫・朱姆蘭(Auguste et Joseph Jumelin)兩兄弟,人們用一個古怪的稱呼叫他們:朱姆蘭先生和朱姆蘭太太。奧古斯特又瘦又乾,個子高,身形單薄。他的手臂和腿都骨節突出,臉形銳利,幾乎看不見嘴唇,額頭的皮膚薄薄繃在骨頭上。約瑟夫呢,大家都叫他約瑟芬娜。他長得又胖又油,臉上不留鬍子,總穿一件腰身束緊的長禮服,下擺在腿邊晃來晃去,看起來就像一條裙子。


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Auguste, très actif, se levait à sept heures, se rendait au bourg où le sollicitaient un commerce de fruits et des fonctions d’adjoint, et présidait une ligue fondée par lui, la « Ligue pour le développement des idées libres penseuses du canton de Duclair ». C’était un homme sombre. On le disait atteint d’une maladie noire.

奧古斯特很勤快。七點起床,就往鎮上趕。鎮上有水果生意要顧,有副鎮長的公務要辦,他還主持自己創辦的團體:「杜克萊爾州自由思想發展同盟」。他為人陰鬱,大家都說他有憂鬱的毛病。


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Son frère Joseph, ou plutôt Joséphine, d’un naturel plus joyeux, se distinguait par ses aptitudes de ménagère. En bonne épouse, il gardait la maison. Dès le matin, il s’affublait d’un tablier, trottinait à travers les chambres, un trousseau de clefs à la main et, jusqu’au soir, donnait l’exemple à la servante, frottait, cirait, astiquait, époussetait. Il fallait que la batterie de cuisine étincelât, et que les parquets fussent irréprochables. Auguste « qui avait de la repartie » – tout Duclair le lui accordait – appelait son frère : « Maman Pot-au-feu ». De ce surnom, M me Jumelin s’enorgueillissait.

他的弟弟約瑟夫,更貼切地說是約瑟芬娜,性情比較開朗,很有當主婦的本事。他像個好太太,把家顧得好好的。一大早,他就繫上圍裙,手裡拿著一大串鑰匙,在各個房間跑進跑出。一整天到晚上,他都帶著女僕一起動手,擦洗、打蠟、磨亮、撣灰。鍋碗瓢盆非得閃閃發亮,地板非得一塵不染。奧古斯特「很會鬥嘴」,整個杜克萊爾都這麼說,他管弟弟叫「燉鍋媽媽」。朱姆蘭太太對這個綽號得意得很。


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À onze heures exactement on se mettait à table. Les repas étaient empreints de solennité. Joséphine, qui en avait surveillé la confection, épiait avec inquiétude le visage de monsieur. Monsieur d’ailleurs parlait peu. Il approuvait ou blâmait en quelques mots. Madame rayonnait ou courbait la tête, selon la sentence. En dehors de cela, leurs entretiens se bornaient à de courtes réflexions qu’Auguste émettait parcimonieusement sur les choses et sur les gens. Joséphine les accueillait comme des oracles.

十一點整,準時開飯。吃飯時氣氛莊重。菜是約瑟芬娜親自盯著煮的,他不安地觀察先生的臉色。先生本來話就少,說好說壞,都只用三言兩語。太太便依著這句評斷,或是滿面發光,或是垂下頭去。除此之外,兩人之間沒什麼別的話,只剩奧古斯特偶爾對人對事發表的簡短評論。約瑟芬娜把句句都當神諭來聽。


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Le ménage s’entendait assez bien. L’un dominait l’autre, cause d’harmonie. Madame craignait monsieur. De fait, il se montrait dur pour elle.

夫妻倆相處得還算融洽。一個做主,一個順從,這就是和諧的原因。太太怕先生。其實先生對她也的確嚴厲。


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À cinq heures, Auguste quittait définitivement son bureau. Souvent M me Jumelin le rejoignait à Duclair et ils rendaient ensemble des visites ou se promenaient le long du quai en regardant glisser les grands bateaux.

五點一到,奧古斯特就離開辦公室,當天不再回去。朱姆蘭太太常常到杜克萊爾跟他會合。兩人一起去拜訪人家,不然就沿著碼頭散步,看大船從水面上滑過。


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Tous les dimanches Joséphine, que les opinions avancées de son frère scandalisaient, allait à la grand-messe, un paroissien sous le bras. Auguste, planté ostensiblement devant la porte de sortie, l’attendait hors de l’église. Au retour, on achetait une brioche. Parfois madame rapportait un morceau de pain bénit, mais monsieur refusait d’en manger.

弟弟那套進步思想讓約瑟芬娜大為反感。每到星期天,她便夾著一本彌撒經書去望大彌撒。奧古斯特故意站在出口門前,在教堂外等她。回程順手買一塊奶油甜麵包。太太有時會帶回一小塊祝聖麵包,先生卻堅持不吃。


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Une fois par semaine, le jeudi, on recevait quelques amis. Le repas achevé, Auguste retenait ces messieurs et leur offrait des cigares. Joséphine passait au salon avec ces dames. Le soir, on touchait du piano et M. Jumelin, accompagné par Joséphine, chantait quelques couplets comiques d’une voix lugubre.

每週一次,定在星期四,接待幾位朋友。吃完飯,奧古斯特留住先生們,請大家抽雪茄。約瑟芬娜領太太們進客廳。晚上彈彈鋼琴,約瑟芬娜伴奏,朱姆蘭先生用陰沉的嗓音唱幾段滑稽小曲。


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Et cela dura des années, sans incident plus notable. Le commerce prospérait. Les invitations aux soirées du jeudi étaient fort recherchées. Rien ne troublait la surface de cette vie stagnante. M. Jumelin accentuait son rôle d’homme, de maître, de mari. Le bruit courut qu’il battait son frère. M me Jumelin ne sortait pas de ses attributions subalternes de ménagère et d’épouse. Vraiment elle semblait dominée par ce surnom que lui avait imposé la bêtise d’une petite ville, et qui, de plus en plus, influait sur ses habitudes, sur ses manières d’être, de penser et de se vêtir.

就這樣過了好幾年,沒出過什麼值得一提的事。生意興隆,星期四晚會的邀帖十分搶手。一潭死水般的日子,水面上從不起波瀾。朱姆蘭先生把男人、主人、丈夫的架子,端得越來越足。外頭在傳,說他打弟弟。朱姆蘭太太安分守著主婦和妻子的卑微本分,從不越界。說真的,小城的愚昧硬塞給她一個綽號,她像是讓那綽號拿捏住了。那綽號分量越來越重,她的習慣、舉止、想法,連穿衣打扮,都受它左右。


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Un événement bouleversa cette existence tranquille et honorable. Une petite bonne qui servait chez eux, une campagnarde des environs de Rouen, se trouva enceinte. Les Jumelin lui offrirent de l’argent, mais elle proclama sa grossesse et prétendit que les deux frères l’avaient violée tour à tour.

一場變故打破了這平靜體面的生活。家裡的小女僕,是盧昂附近鄉下來的姑娘,她懷孕了。朱姆蘭兄弟拿錢給她,她卻把懷孕的事公開出去,還說兄弟倆先後強暴了她。


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Auguste prit une résolution énergique : il disparut avec la bonne et revint, plusieurs mois après, portant enveloppé sous son bras un enfant, un garçon.

奧古斯特當機立斷,帶著那女僕不見蹤影。幾個月後,他回來了,腋下夾著一個用布包著的孩子,是個男孩。


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C’était moi. Lequel des deux fut mon père ? Je l’ignore. Ma mère, je ne l’ai jamais vue.

那孩子就是我。兩人之中,誰是我的父親?我不知道。我的母親,我從沒見過。


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C’est dans cette maison, entre ces vieux célibataires, que je grandis. Je n’y manquai pas de soins. Dès le début, les instincts maternels de M me Jumelin se révélèrent. La gardienne du foyer se doubla d’une mère incomparable. Elle me tenait mon biberon, me changeait ma layette, me dorlotait, m’endormait le soir en chantant des refrains de nourrice. Ma première dent la ravit. Mes coliques l’effrayèrent.

我就在這棟房子裡,夾在這兩個老光棍之間長大。在這裡,我不缺照顧。打從一開始,朱姆蘭太太的母性本能就顯現出來。她本是這個家的守護者,又成了無與倫比的母親。她餵我喝奶,替我換尿布,疼我寵我,晚上哼著搖籃曲哄我睡。我長出第一顆牙,她樂壞了;我鬧腹絞痛,她嚇壞了。


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M. Jumelin la baptisa « nounou ». Mais moi, je la vengeai un jour de cette moquerie en balbutiant un jour « maman ». Elle me dévora de baisers. On courut au-devant de monsieur pour lui annoncer l’heureuse nouvelle. Auguste fit :

朱姆蘭先生叫她「保姆」。有一天,我含糊喊了一聲「媽媽」,替她出了被取笑的這口氣。她抱住我一陣猛親。大家跑去迎先生,告訴他這個好消息。奧古斯特說:


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– Il a de l’esprit, le gaillard, nous nous entendrons.

「這小子挺機靈的嘛,我們一定合得來。」


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Depuis, j’ai toujours appelé M. Jumelin « papa » et son frère « maman ». Aujourd’hui encore, quand je remonte vers mes premières années, vers la lointaine époque où ne m’importaient point le mystère de ma naissance, ni l’horrible secret que j’ai appris plus tard et qui me fait maudire mes parents, quand je songe à l’être qui m’a élevé, qui m’a entouré de câlineries et d’affection, qui a réchauffé mon corps avec ses lèvres de mère, c’est du doux nom de maman que je l’appelle, car c’est la seule maman que j’aie connue.

打從那時起,我都叫朱姆蘭先生「爸爸」,叫他弟弟「媽媽」。直到今天還是這樣。每當我回溯幼年,回到那遙遠的年代,那時身世之謎與我無關,後來才得知的那個可怕祕密也與我無關,那個祕密讓我詛咒生身父母。每當我想起養育我的那個人,他用疼愛和溫情包圍我,用母親的雙唇溫暖我的身體,我都用「媽媽」這個甜蜜的稱呼叫他。因為他是我唯一認識的媽媽。


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Et je voudrais lui pardonner, à elle !

而我竟然想原諒她!


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À six ans, je dus aller à l’école. Un menu fait me la rendit un lieu de supplice pour les cinq années que j’y restai. Une fois, après la classe, un de mes camarades, qui demeurait du même côté que moi, m’apostropha :

六歲,我得去上學了。只因一件小事,我在那裡待的五年,學校成了受罪的地方。有一次放學後,一個跟我住同方向的同學對我喊道:


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– Hier, j’ai entendu papa qui disait qu’t’avais pas de mère, c’est-i’vrai ?

「欸,昨天我聽我爸說你沒媽媽,真的假的?」


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Sur le seuil, M me Jumelin m’attendait.

朱姆蘭太太在門口等著我。


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– Si, j’ai une mère, tiens, la voilà.

「有啦,我有媽媽,喏,就是她。」


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– Ça, une mère ? C’est un monsieur, une mère ça a des jupes. Cette révélation me foudroya. Je ne dormis point.

「那也算媽媽?那是個男的啦,媽媽都是要穿裙子的。」這句話像雷一樣劈中我。那一晚,我怎麼都睡不著。


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Le lendemain, à l’école, un grand me jeta en pleine figure :

第二天在學校,一個大孩子迎面朝我丟來一句:


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– Comment va-t-elle, m’man Joséphine ?

「欸,你媽約瑟芬娜還好吧?」


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Dès lors, je fus la risée de mes compagnons. Je devins timide ; ma sensibilité s’affina jusqu’à l’excès. À tout instant, autour de moi, l’on parlait de M me Jumelin avec des intonations railleuses. Pourquoi ce sobriquet inoffensif me cinglait-il comme une injure ? Par quelle bizarre prescience ne pouvais-je l’entendre sans un frisson ?

從此,我成了同伴們的笑柄。我變得膽怯,敏感到了極點。不管走到哪裡,身邊總有人用嘲弄的口氣提起朱姆蘭太太。這個綽號本來無傷大雅,為什麼聽在我耳裡,卻像一句辱罵般刺人?又是什麼古怪的預感,讓我每次聽見都忍不住打顫?


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