Les Contes du Gil Blas · gil_blas
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Et désormais, quand il le voyait, d’un jardin à l’autre, il l’injuriait avec des gestes de menace.

從此以後,只要隔著園子看到他,就一邊罵,一邊比出威嚇的手勢。


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À dater de cette époque, la vie de François Herledent se transforma.

從那時起,法蘭索瓦・埃爾勒當的生活變了。


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Jusqu’ici il faisait partie intégrante de la nature, il était dissous dans l’atmosphère qui le baignait, dans les objets qui l’entouraient. Il s’en dégagea. Insensiblement, heure par heure, se formait sa personnalité, ce quelque chose que le monde lui avait refusé et dont lui-même avait douté. Il naissait à l’existence, vérité incontestable, puisque, pour la première fois, un être se souciait de ses actions.

在此之前,他是大自然密不可分的一部分,融在身邊的空氣裡,也融在周遭的萬物裡。他從中掙脫出來。不知不覺間,一小時接著一小時,他的個性漸漸成形。那是世界不肯給他的東西,也是他自己曾經不敢相信的東西。他開始真正存在了,這一點無庸置疑,因為頭一回,有一個人關心起他的一舉一動。


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Maître enfin de son individualité, et ne la possédant que par l’acceptation d’un autre, il n’eut qu’un but : la développer en l’imposant davantage à cet autre.

他終於成了自己的主人。這份自我,全靠另一個人的接納才得以存在。他只有一個目標:不斷壯大它,更加用力地壓到那人身上。


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Il ne quittait plus son verger. Il y entreprit d’innombrables travaux. Il gaula les pommes, il redressa les arbres. Coignard ne pouvait sortir sans l’aviser. Aussitôt le vieux François se dandinait en des poses insolentes. Un sourire narquois plissait ses lèvres. Il sifflotait.

他再也不離開果園。他在園裡做起數不清的雜活。他拿長竿打蘋果,把樹扶正。誇尼亞爾只要一出門就會看見他。老法蘭索瓦立刻搖搖擺擺,擺出一副無禮的架勢。他嘴角勾起嘲弄的笑,還吹著口哨。


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Cela ne lui suffit pas. Il voulait plus que de rapides séjours dans l’esprit de son voisin, il voulait s’y installer d’une façon complète, décisive. En conséquence, il le harcela de tracasseries. Il s’acharna après lui comme un vautour après un cadavre. Il déchiqueta la tranquillité du malheureux avec une science raffinée.

這還不夠。只在鄰人心裡短暫停留,他不滿足。他要住進去,住得徹底,住得決絕。於是他百般刁難,纏著對方不放。他像禿鷲盯著屍體一樣,死咬著他不放。那可憐人的安寧,他手法老練細膩,一片一片撕碎。


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Au moyen d’une fronde – et tout de suite, car il le fallait, il acquit une adresse prodigieuse – il tuait les poules, les dindons, les colombes, les oies de son voisin. Il cassait des carreaux. Il affolait les porcs et les chèvres. Un soir, il osa franchir la haie. En quelques minutes, il détruisit les carrés de légumes, abattit des branches, cueillit les fruits, déracina de vieux espaliers.

他弄來一把彈弓。這是必要的手段,他立刻練出一手驚人的準頭。他打死鄰人的母雞、火雞、鴿子和鵝。他砸破窗玻璃,嚇得豬羊四處亂竄。一天傍晚,他大著膽子翻過籬笆。短短幾分鐘,他毀了菜畦,砍斷樹枝,摘光果子,連老牆樹也連根拔起。


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Et nul instinct pervers ne le guidait. Il ne cherchait point à chagriner Coignard. Il ne réclamait que sa continuelle attention. Voir les yeux farouches de son ennemi, ses attitudes bouleversées ; entendre, la nuit, son pas furtif rôder le long de la haie ; distinguer le bruit de la gâchette quand il armait son fusil ; savoir que, pendant des heures, il était là, couché, à l’affût, prêt à lui casser la tête – quels plaisirs formidables !

而驅使他的,並不是什麼邪惡的本能。他不是想讓誇尼亞爾傷心。他要的,只是對方一直注意著他。看著仇敵兇狠的眼神、慌亂的舉止;夜裡聽見他放輕腳步,沿著籬笆來回徘徊;聽出他給獵槍上膛時扳機的聲響;知道他一連幾個小時趴在那裡守著,就等著打破他的頭——這是多麼了不起的樂趣啊!


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Il fut vraiment heureux, et d’un bonheur absolu, comme tout bonheur provenant d’une source unique, assez puissante pour emplir le vide d’une âme et n’y point laisser de place à l’infortune.

他真的幸福了,那是一種絕對的幸福。正如所有來自單一源頭的幸福,那股力量強大得足以填滿靈魂的空虛,不給不幸留下任何餘地。


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Enfin, il vivait ! Il vivait d’une vie débordante. Il était la pensée, l’obsession, le cauchemar d’un être ! On ne l’oubliait plus comme jadis. Il comptait ! Il servait à une œuvre quelconque, mauvaise, soit, mais réelle, mais indiscutable, puisqu’un homme souffrait par lui, pleurait et dépérissait par sa faute.

他終於活著了!活得生命滿溢。他是某個人的念頭、執念、夢魘!再也沒人像從前那樣忘記他。他有分量了!他派得上用場了!就算是惡事吧,卻真實,無可否認,因為有一個男人為他受苦,為他哭泣,為他憔悴。


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Un orgueil monstrueux le gonfla. Il se sentit créateur, il se sentit dieu ! Jusqu’alors il n’avait rien été. Il fut enfin ! Il fut l’exécré ! Il fut le Haï !

一股駭人的驕傲讓他整個人膨脹起來。他覺得自己是造物主,是神!在那之前,他什麼也不是。他終於存在了!他就是被憎惡的那個人!他就是被痛恨的那個人!


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Ah ! cette haine qu’il sentait s’accumuler, comme il l’aimait ! Il la buvait, il s’en gorgeait, il s’en engraissait. Elle lui tenait chaud, comme une forte et solide amitié réchauffe les cœurs affectueux. Elle lui remplaçait toutes les tendresses et toutes les câlineries dont on l’avait sevré. Elle abolit toutes les tristesses de ses souvenirs. Elle lui prodigua tous les charmes de l’espérance.

啊!那份仇恨,他感覺越積越多,他愛極了!他喝它,把自己灌飽,靠它把自己養胖。它讓他暖和,就像深厚牢靠的友情,暖著多情人的心。他沒得到的柔情和疼愛,它都替他補上了。它掃光了他回憶裡的悲傷。它把希望的種種美好,全都給了他。


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Il ne répondit pas par de l’ingratitude à tant de bontés. Il la couva. Il la soigna comme on soigne une personne qui vous est chère. Il inventait de multiples stratagèmes destinés à la réconforter. Il eut le génie de la persécution.

他沒有忘恩負義,辜負這番厚愛。他細心孵著它。他照料它,就像照料心愛的人。他想出種種計謀,為的是安撫它。說到迫害,他簡直是天才。


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Coignard se taisait. L’insuccès de sa première démarche l’empêchait de recourir à la justice. Il supportait tous les affronts, taciturne. Puis une fois, ils se rencontrèrent dans un chemin creux. Et le vieux François comprit, au regard du paysan, que l’heure de la revanche ne tarderait pas.

誇尼亞爾不再開口。初次奔走失敗,他不敢再訴諸司法。種種羞辱,他都默默忍下,一聲不吭。後來有一回,兩人在一條下陷的小路上撞見。老法蘭索瓦一看那農夫的眼神,就明白報復的時刻不遠了。


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Il frissonna, non de peur, mais d’une joie profonde. Il savait le plan qui germait en l’âme de son ennemi. Il en put noter les progrès ininterrompus. Il vit l’idée grandir, se nourrir d’arguments, croître comme un épi vigoureux. Un geste, un coup d’œil lui indiquaient le degré de maturité. Et il l’aida, lui, l’idée vengeresse, cette fille de la haine qu’il avait engendrée, il l’aida par de nouvelles ruses, jusqu’à la changer en projet irrévocable.

他渾身一顫,不是害怕,是打從心底歡喜。仇敵心裡萌芽的計畫,他看得一清二楚。它一步一步往前,他全看在眼裡。他看著那念頭長大,拿各種理由當養分,像茁壯的麥穗那樣抽高。一個手勢,一道眼神,他就知道熟到什麼程度。那個復仇的念頭,那個他親手養大的仇恨之女,他還親自幫了它一把。他另耍新的詭計推它向前,直把它推成再也無法回頭的計畫。


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Alors il attendit. Comme d’un spectacle passionnant, il fut témoin des angoisses où se débattait l’infortuné. Il savoura les luttes suprêmes, les remords anticipés, les défaillances, les insomnies, puis la victoire décisive de la haine.

於是他等下去。 他就像在看一齣精采好戲,看那不幸的人在煎熬裡掙扎。 最後的纏鬥、提早浮現的悔恨、片刻的動搖、徹夜的失眠,他細細品味。最後,仇恨贏得了決定性的勝利。


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L’heure sonna.

時刻到了。


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Une nuit, Herledent dormait. Un bruit le réveilla. La pluie peut-être qui cinglait les vitres ? Non, cela partait d’en bas, de la salle à manger située au-dessous de sa chambre. Il prêta l’oreille. C’était un petit grattement, puis de petits chocs sourds.

有一晚,埃爾勒當正睡著。一陣聲響把他吵醒。是雨打在玻璃窗上的聲音嗎?不對,聲音從樓下傳來,就在他臥房正下方的餐廳。他豎起耳朵聽。先是一陣輕輕的刮擦聲,接著是幾下悶悶的小撞擊聲。


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Une épouvante le renversa sur son lit. Son corps se couvrit de sueur. Il devinait. Coignard ébranlait la persienne d’une fenêtre. Il articula, la voix sifflante :

恐懼襲來,他跌回床上。全身冒出汗來。他猜到了,是誇尼亞爾在搖一扇窗的百葉窗。他嗓音嘶啞,一字一句說道:


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– C’est lui, c’est lui…

「是他,是他……」


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Ces mots dissipèrent sa terreur, battement passager de ses nerfs. Il se mit à ricaner. Ainsi le paysan se décidait. Comme il devait souffrir ! Il le vit, devant le volet, les mains tremblantes, les jambes molles. Il se martyrisait les doigts. Du sang coulait. Quelle torture ! Il venait pour tuer, pour tuer le Haï !

這句話一出,他的恐懼就散了,那不過是神經一時的震顫。他冷笑起來。那個農夫,終於下定決心了。他該有多煎熬啊!他彷彿看見他站在護窗板前,雙手顫抖,兩腿發軟。他不停折磨自己的手指,血都流了出來。這是多大的折磨啊!他是來殺人的,來殺那被痛恨者的!


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Ces trois syllabes, Herledent les prononçait avec une volupté farouche. Le Haï ! On l’abhorrait donc bien implacablement, que sa mort parût l’unique vengeance !

埃爾勒當吐出這三個字,帶著一股兇狠的快意。被痛恨者!人們恨他恨得如此不留情,唯有他死,才是唯一的報復!


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Il n’eut même pas la tentation de s’enfuir. S’enfuir ? Où ? Redevenir le néant qu’il était ? Vivre sans haine ?

他連逃的念頭都沒有。逃?逃去哪?變回從前那個什麼都不是的自己?過沒有仇恨的日子?


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Pour vingt ans, pour trente ans d’existence, pour l’éternité, il n’aurait vendu les minutes effroyables qui s’enchaînaient dans l’ombre de cette nuit.

拿二十年、三十年的壽命來換,拿永生來換,他也絕不肯換。今夜的暗影裡,一分鐘接著一分鐘,每一分鐘都駭人至極。


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En bas le tapotement cessa. Le volet fut entrebâillé. Pas un bruit n’échappait au vieillard. Son ouïe, tendue jusqu’à la douleur, atteignait à une acuité miraculeuse. Parmi le crépitement de la pluie et le fracas du vent, il distingua le cri de la vitre coupée, le glissement de la croisée, l’escalade de l’homme, le saut, sur le parquet, de deux pieds nus. Puis, plus rien. Coignard hésitait. Enfin des pas traversèrent la salle, un à un, à des secondes d’intervalle. La porte s’ouvrit. L’homme débouchait dans le vestibule, auprès de l’escalier. Il saisit la rampe, et l’ascension commença.

樓下的輕叩聲停了。護窗板開了一道縫。什麼聲響都逃不過老人的耳朵。耳朵繃到發痛,聽覺靈得不可思議。雨聲劈啪,風聲轟隆,他卻聽得分明:玻璃割開的尖響,窗扇滑動的聲音,那男人攀爬的動靜,還有兩隻赤腳落到地板上的一跳。接著,一點聲音也沒有了。誇尼亞爾在猶豫。終於,餐廳裡響起腳步聲,一步,又一步,每一步都隔了幾秒。門開了。那男人走進樓梯旁的前廳。他抓住扶欄,開始往上走。


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