阿波書房 · III
◂ 前頁7 / 13次輯 ▸
[150]

tète, elle rencontra ses yeux qui la fixaient audacieusement. Elle frémit jusqu'au plus profond d’elle- même. Il lui sembla recevoir du dehors des richesses de force, de sang et de joie. Son embarras se dissipa, et elle ne résista plus à la grande effervescence qui vibrait autour d'eux. Il répéta les mots déjà dits à Succinio : — Comme vous êtes belle, Armelle! Ils allaient plus loin cette fois, au delà de leur premier sens esthétique, et s’adressaient à la femme, principe de séduction et de volupté. Elle se raidit dans une pose d’orgueil. — Oui, Armelle, soyez fière de votre beauté. Pourquoi pourrait-on l’être de son esprit et non de sa forme ? L’un et l’autre nous viennent du hasard, et nous devons nous réjouir de tout ce qu’il nous décerne de beau. Ces paroles avaient également une signification nouvelle, et la jeune fille savait bien qu’il chantait, autant que les louanges de sa figure, l’attrait et la splendeur de son

頭,正撞上他那大膽凝視著她的目光。她渾身深處一陣戰慄。她彷彿從外界獲得一股財富——力量、鮮血與歡樂。她的窘迫消散了,再也抵擋不住他們四周那股震顫的巨大沸騰。他重複了在蘇契尼奧說過的話:「您真美,阿梅勒!」這一次,這些話走得更遠,超越原先的美感意義,直接向那個女人說話,向那誘惑與歡愉的本源說話。她挺直身子,擺出驕傲的姿態。「是的,阿梅勒,為您的美而驕傲吧。為什麼人可以為才智驕傲,卻不能為形體驕傲?兩者都出自偶然,凡是偶然賜予我們的美好,我們都應當歡喜。」這些話同樣有著新的含義。年輕女子很清楚,他頌讚她的容顏之外,也在歌詠她的


[151]

corps. Tout au plus s'abstenait-il d’en parler. Mais certes il y pensait hardiment, avide d’en pénétrer le secret à travers le voile des étoffes. Et l’idée soudaine effleura la jeune femme d’exaucer ce vœu. Elle eut la sensation physique que ses vêtements la gênaient à son tour, et l’envie morale de s’en délivrer comme d’un obstacle à l’accomplissement d’une action noble. C’était un indicible besoin de grâce et de vérité. C’était, par un geste, s’affranchir de contraintes innombrables et d’un esclavage séculaire. Et vraiment elle fut sur le point de dénouer ses cheveux, d’abaisser son corsage et d’offrir l’adorable vision de ses épaules, de sa poitrine, de tout son buste nu. Ses mains palpitaient. Sous l’ordre d’un devoir troublant et nouveau, elle se débattit. Des instincts opposés l’arrêtèrent. Elle se prêta simplement à l’effort des yeux qui la cherchaient. Et tous deux, ils évoquaient dans le cadre magique des eaux et des verdures, l’éblouissante chair et les seins fleuris.

身體。他頂多是不說出口罷了。但他心裡無疑想得很大膽,渴望隔著衣料的薄紗,探進那祕密的深處。忽然,一個念頭掠過年輕婦人心頭:何不成全這個願望?她身上起了一種感覺,覺得衣服這時反倒礙著她;心裡也湧起一股衝動,想掙脫它們,像除去一件擋在崇高行為之前的障礙。那是一種難以言喻的渴求,渴求優雅,渴求真實。只要一個手勢,便能掙脫無數束縛,掙脫千年的奴役。她真的差一點就解開髮髻、拉低胸衣,獻出那動人的景象——她的肩頭、胸脯,整個裸露的身軀。她的雙手顫抖著。在一種令人心亂而陌生的驅使下,她掙扎起來。相互矛盾的本能攔住了她。她最終只是順從了那道搜尋著她的目光。而他們兩人,在這由池水與綠意構成的魔幻框景中,一同召喚著那炫目的肌膚與花朵般的雙乳。


[152]

Ils se regardèrent, avouant leur désir. Il éclairait leur visage, sans lui imposer d’expression sournoise ou brutale. Il ne les dominait point. Exaltation de leurs sens, il se produisait selon les lois nécessaires, parce qu’ils étaient jeunes, sains et inassouvis. Sont-ce là choses honteuses dont il faille se cacher? Il s’établit entre eux un double courant de convoitise, comme si chacun était une source inépuisable d’ardeur qui versât à l’autre un surcroît de jeunesse. Et ce qu’ils donnaient et recevaient, ils le sentaient d’une grande pureté. — Armelle, osa murmurer Claude, je vous désire. Elle sourit. Ils demeuraient si sûrs d'eux- mêmes! Et ils apprirent que rien n’est plus pur que le désir. Pourquoi l’a-t-on avili? Comment est-ce une offense? Ni l’eau des océans, ni l’azur du ciel, ni la bénédiction des nuits ne les avaient emplis d’une candeur aussi chaste. Ils s’alanguirent à mesure que le soleil descendait. Détachés l’un de l’autre ils con-

他們對望著,坦承了彼此的慾望。慾望照亮他們的臉龐,卻沒有在那上面強加陰險或粗暴的神情。它並不支配他們。那是他們感官的昂揚,依循必然的法則而生,只因他們年輕、健康,尚未得到滿足。這難道是什麼該藏起來的羞恥事嗎?兩人之間於是流動著一股雙重的慾望,彷彿彼此都是永不枯竭的熱情之泉,不斷把更多的青春傾注給對方。而無論給予或接受,他們都感到無比純淨。 「阿梅勒,」克洛德壯起膽子,低聲說,「我渴望您。」 她微笑了。他們是多麼自信篤定!他們於是明白,沒有什麼比慾望更純淨。為什麼人們要貶低它?它怎麼會是一種冒犯呢?無論是海洋之水、天空之藍,還是夜的祝福,都不曾以如此貞潔的純真充盈過他們。隨著太陽西沉,他們漸漸慵倦了。彼此疏離開來,他們


[153]

templèrent les choses environnantes. Comme elles étaient proches ! Docilement ils suivirent l’évolution de la nature. Apaisée, elle les apaisa. L’heure vint où elle s’épanche sous les voiles légers de l’ombre, et sa tendresse les attendrit. Claude, plus faible cette fois, posa sa tête sur l’épaule d’Armelle. Autour de lui elle croisa ses bras. Ils rêvèrent longtemps encore, des rêves simples, confus, pleins de quiétude et de sérénité.

凝望四周的景物。它們多麼親近!兩人溫順地順著大自然的變化。大自然平靜下來,也安撫了他們。到了時分,她便在輕柔的陰影面紗下舒展開來,那份溫柔叫他們心軟。這一回,克洛德顯得柔弱些,把頭靠在阿梅勒肩上。她張開雙臂,環抱著他。兩人又做了很久的夢,夢單純而朦朧,滿是安寧與靜謐。


[154]

Ils revenaient vers Guérande. Après le vieux bourg féodal de Malestroit, un joli chemin suit la rivière de l’Oust en se conformant avec elle au caprice des collines. Il les mena dans de fraîches prairies que l’on eût dites un royaume de verdure, tant elle y règne en toute souveraineté. La rivière en est la somptueuse allée qui se déroule parmi l’ordonnance symétrique des peupliers et des ormes. Armelle et Claude emportèrent un souvenir de béatitude. Mais la route s’arrache de là pour atta- quer le flanc rocheux d’une montagne où elle creuse un âpre sillon. L’escalade est pénible. En haut, c’est la lande de Lan-

他們動身返回蓋朗德。過了馬勒特魯瓦那座古老的封建小鎮,一條秀美的小路沿著烏斯特河蜿蜒,順著丘陵的任性起伏一路曲折。小路引領他們走進清涼的草地。那裡簡直是綠色的王國,綠意如君王一般,統治一切。河流就是這王國華麗的大道,在白楊與榆樹整齊對稱的行列間舒展開來。阿梅勒與克洛德帶著滿心極樂的回憶離開。但道路隨即從那裡掙脫,攀上山腰的岩壁,在岩壁上刻出一道崎嶇的刻痕。攀爬十分艱辛。到了高處,便是朗-


[155]

La désolation de ces lieux les surprit. S’y étant engagés, ils perdirent la vue apaisante du vallon, et ils n’eurent plus autour d’eux qu’une plaine sauvage et pelée. Des affleurements de granit émergent, ainsi que des os, à travers la toison maigre des ajoncs. On marche dans de la bruyère desséchée, blanchie comme une chevelure, et qui craque sous le pied comme de la neige durcie. Çà et là poussent des bouquets de roches et des mégalithes monstrueux, seule végétation dont s’accommode ce désert lamentable. Cependant, derrière une butte, ils découvrirent quelques sapins artificiels qui unissaient leurs efforts pour se constituer en un petit bois. Armelle s’assit au sommet de cette hauteur. Claude mit les chevaux à

這一帶的荒涼令他們錯愕。一踏進來,山谷那撫慰人心的景致便消失無蹤,四周只剩一片蠻荒光禿的平原。花崗岩的露頭穿過金雀花稀疏的茸毛探出頭來,宛如森森白骨。腳下踩的是枯乾的石楠叢,白得像一頭亂髮,踩上去咯吱作響,如同凍硬的雪。四處散布著一叢叢岩石和猙獰的巨石碑,這是這片可悲荒漠唯一容得下的植被。然而,繞過一座土丘之後,他們發現幾棵人工栽植的冷杉,正合力長成一座小樹林。阿梅勒在高丘之頂坐下。克洛德把馬拴好,


[156]

l’attache et revint vers la jeune fille. Il la contempla longuement avant de prendre place auprès d’elle, et il lui dit : — Demain, Armelle, nous serons à Gué- rande... n’est-ce pas un peu triste de finir notre beau voyage?

解開繫繩,回到少女身邊。他在她身旁坐下之前,久久凝視著她,然後對她說:「明天,阿梅勒,我們就要到蓋朗德了……要結束這趟美好的旅程,是不是有點難過?」


[157]

— Je serais triste de rentrer à Paris, Claude, mais à Guérande!... — Je ne suis pas triste en pensant à ce qui nous attend, je le suis en pensant à ce que nous quittons. — Ne le soyez pas, Claude. Elle lui donna ses yeux souriants. Il sourit. et des paroles affectueuses palpitèrent sur ses lèvres. — Armelle... Armelle... Il s’assit à ses côtés. Leurs têtes s’inclinèrent l'une vers l’autre. Ce geste leur parut celui de deux êtres qui se penchent pour boire à la même source. Le temps était lourd. Un voile gris cachait le ciel. Il n’y avait point d’air. Nul vol d’oiseau n’animait l’espace. — L’endroit est sinistre, dit Claude. La nature ne respire pas aujourd’hui... Pourtant, comme nous en discernons la vie profonde! Nous n’avons plus besoin maintenant des clairs de lune, des couchers de soleil, des lacs mystérieux. Nous la comprenons sans intermédiaire et, si déshéritée qu’elle

「要回巴黎,我是會難過的,克洛德,可是蓋朗德嘛……」「一想到等著我們的,我並不難過;難過的是想到我們就要丟下的這些。」「別難過啦,克洛德。」她含笑望著他。他也笑了,幾句溫柔的話在唇邊顫動著。「阿梅勒……阿梅勒……」他在她身邊坐下。兩人的頭慢慢靠向彼此。這個姿態讓他們覺得,就像兩個人俯身共飲同一泓泉水。天氣很悶,一片灰濛濛的幕罩住了天空。一點風也沒有,也沒有任何鳥影掠過,給這片天地添些生氣。「這地方真陰森,」克洛德說,「今天的大自然連呼吸都沒有……可是你看,我們卻能看透它深沉的生命!現在我們再也不需要月光、夕陽、神祕的湖泊了。我們不必透過任何媒介就能理解它,而且不管它多麼貧瘠,


[158]

soit, nous trouvons quand même la grâce qui lui est propre. — Oui, fit Armelle. La nature est toute nue ici, loqueteuse comme une pauvresse, mais il y a toujours quelque chose que l’on peut aimer en elle. Ils en parlaient ainsi que d’une personne. Et c’est bien un être en effet pour qui la chérit, un doux être de bonté et de simplicité, un être de puissance et d’action. Il est à notre mesure, parcelle de Dieu qui nous est octroyée, image de l’infini que nous pouvons sentir. Il attend ceux qui viendront, il accueille ceux qui l’aiment, et à chacun il livre tout ce qu’il possède. — Comme nous l’aimons ! reprit Claude. Nous ne sommes plus à son égard cette sorte de masse compacte que l’on reste d’ordinaire en face d’elle. Pourquoi se resserrer, se concentrer autour de ce petit point qui est soi, quand il est si bon, au contraire, de se laisser dissoudre comme un bloc de sel qui se mêlerait à l’eau de la mer? Nous devenons la nature elle-même,

即便如此,我們還是能找到它特有的優雅。「是啊,」阿梅勒應道,「這裡的大自然一絲不掛,像個衣衫襤褸的貧婦,但它身上總有些東西值得人去愛。」他們談論著它,就像談論一個人。的確,對深愛它的人來說,它就是一個生命,一個溫柔、善良而質樸的生命,一個充滿力量與行動的生命。它與我們相稱,是賜給我們的一小片上帝,是我們感受得到的無限之影像。它等待前來的人,接待愛它的人,並把自己的一切交付給每一個人。「我們多麼愛它啊!」克洛德接著說,「面對它,我們不再是平常那種緊閉的一團。何必蜷縮、凝聚在自我這個小點上呢?讓自己像一塊融入海水的鹽那樣消解,是何等美好。我們成為大自然本身,


[159]

et par là nous nous libérons de toute limite et nous bénéficions de tous ses trésors. Armelle désigna le bois de sapins. — On dirait des arbres fabriqués de main d'homme, par des ouvriers qui n’ont pas osé rompre la symétrie des branches. Et cependant, comme ils sont touchants ! Comme ils attendrissent avec leur air de petits malades qui s’acharnent à la lutte ! On a pitié au point d’en pleurer. On voudrait les embrasser, les tenir au chaud contre sa poitrine... La rosée des larmes mouillait ses yeux. Il en coula sur ses joues. Une fois encore, Claude fut gonflé de paroles affectueuses dont la signification lui demeurait inconnue. Ce furent d’autres qui jaillirent dans le silence, mais sa voix les imprégnait d’un sens qu’elles n’avaient point. — Armelle, croyez-vous que la vue de ces arbres suffirait à vous faire pleurer? Non. Vous pleurez parce qu’ils vous imposent l’intuition de toutes les misères, parce qu’il y a de la douleur dans le monde et de

藉此我們擺脫一切界限,共享它全部的寶藏。」阿梅勒指著那片杉樹林。「那些樹像出自人工之手,像是不敢打破枝椏對稱的工人造出來的。可是它們卻多麼令人憐愛!那副模樣,像苦撐奮鬥的小病患,多麼教人心軟!人憐憫得幾乎要落淚。真想擁抱它們,把它們緊貼在胸前取暖……淚水化成的露水沾濕了她的眼睛,淚珠沿著雙頰流下。溫柔的話語再一次在克洛德心中湧動,而他自己並不明白其中的含義。另一些話語在寂靜中迸發,只是他的聲音賦予了它們原本沒有的意義。「阿梅勒,您以為光看這些樹就足以讓您哭泣嗎?不。您哭泣,是因為它們使您直覺到世間一切的悲苦,是因為世界上有痛苦,而


[160]

petits êtres chétifs sur qui elle s’abat comme sur les plus robustes. Et il en serait ainsi de la joie que vous auriez à voir la joie d’une plante qui pousse ou d’une eau qui court. Armelle, voilà ce que nous a valu la nature, une puissance d’émotion extrême, de la compréhension, de l’amour pour tout ce qui est en dehors de nous. Elle lui dit : — Est-ce bien à la nature seulement que nous sommes redevables ? Faut-il la remercier, elle seule, et personne autre ? — Non, non, s’écria-t-il, exalté par ce qu’elle insinuait si doucement, c’est à nous surtout que nous sommes redevables. Avant de la solliciter nous étions unis déjà. Notre intimité est la cause première de nos victoires, et ce n’est pas à chacun de nous que la nature s’est offerte, mais à nous deux ensemble. Ils furent pleins d’orgueil et de reconnaissance. Leur part d’initiative était la même, et la même également leur part de butin.

渺小脆弱的生命,她照樣打擊,就像打擊最強壯的人一樣。而你若看見一株植物生長、一股流水奔淌,心中湧起的喜悅,也會是這樣的喜悅。阿梅勒,這就是大自然賜給我們的:極度敏銳的感受力、理解力,以及對我們身外一切事物的愛。


[161]

— Je vous remercie, Armelle. — Moi aussi, Claude, je vous remercie. Ils ne songeaient plus à la lande ingrate. Qu’importaient que les choses fussent belles ou laides ! les plus nobles forets et les horizons les plus magnifiques ne les eussent point occupés davantage, car il ne leur était plus nécessaire d’ouvrir les yeux et les oreilles pour que le charme de la nature doublât le charme de leurs pensées. La jeune femme entoura de son bras la tête de Claude. Ils rêvèrent, et Claude dit: — Vous souvenez-vous, Armelle ? Il n’y a pas longtemps, quoique je n’aie plus de souvenirs avant ceux de notre vie commune... vous souvenez-vous de notre première rencontre ? Comme notre sympathie s’est épanouie en quelque chose de large et de superbe ! Nous avons été récompensés de notre confiance et cependant nous ne savions pas où nous allions. Des mots dirigeaient notre espérance vague. Vous souvenez-vous de nos doutes ? Un jour, j’ai eu si peur de moi que je voulais m’enfuir...

「謝謝您,阿梅勒。」「我也謝謝您,克洛德。」他們早把那片貧瘠的荒原拋在腦後了。景物美醜又怎麼樣呢!就算是最壯麗的森林、最遼闊的天際線,也未必能讓他們更著迷;因為他們再也不用刻意睜大眼睛、豎起耳朵,大自然的魅力就能使他們思緒的魅力加倍。年輕女子伸出手臂,環住克洛德的頭。兩人沉浸在幻想裡,克洛德說:「您還記得嗎,阿梅勒?不久之前——雖然在我們共同生活之前的那些事,我已經完全不記得了……您還記得我們第一次見面嗎?我們之間的情誼,竟然綻放出這麼寬廣、這麼壯美的花朵!我們的信任得到了回報,然而當時我們並不知道自己要往哪裡去。是話語引領著我們渺茫的希望。您還記得我們曾有過的疑慮嗎?有一天,我對自己害怕到想要逃走……


[162]

— Un jour, Claude, vous m’êtes apparu comme un étranger que j’aurais voulu chasser de mon existence. — Mais à notre insu, reprit Landa, le but inconnu que nous poursuivions se rapprochait. Le passé nous enseignait ses leçons de sagesse et de fraternité. La nature brisait notre indifférence, et nous nous en allions en elle, sans crainte de nous y perdre, puisque nous étions deux. Et quand nous nous renfermions en nous, nous étions plus forts, car la sensibilité, c’est l’emprunt de forces extérieures. Nos âmes s’éveillaient d’être auprès l’une de l’autre. Elles s’appelaient en balbutiant et répondaient à leur appel. Et ce qui se fût passé au fond de nous, sans que nous en fussions avertis, les minutes d’émotion nous le montraient en toute certitude. Ainsi, j’ai conscience de moi et vous avez conscience de vous. Nous avons perçu le bruit de notre vie et cela donne de l’assurance et de la sérénité. Ecoutait-elle? Son bras s’était dénoué. Elle avait glissé sur le sol. Sa tête mainte-

「有一天,克洛德,您在我眼裡簡直像個陌生人,我真恨不得把您趕出我的生命。」「可是不知不覺間,」朗達接著說,「我們追尋的那個未知目標,正一點一點靠近。過去教會了我們智慧與友愛的功課。大自然融化了我們的冷漠,我們便走進它之中,一點也不怕迷失,因為我們是兩個人。而當我們縮回自己心裡的時候,反而更堅強——因為所謂感性,就是向外借來的力量。我們的靈魂因為相依相伴而醒了過來,像牙牙學語似的彼此呼喚,也回應著對方的呼喚。那些在我們心底悄然發生、連我們自己都沒察覺的事,那些動情的時刻都確確實實地顯明給我們看了。就這樣,我認識了我自己,您也認識了您自己。我們聽見了自己生命的聲響,心裡也就安下來、靜下來了。」她在聽嗎?她的手臂鬆開了。她滑坐到地上。她的頭


[163]

nant s’appuyait sur la poitrine de Claude. Il respirait le parfum de ses cheveux, et il chuchotait, les yeux clos : — Voilà ce que nous avons réalisé, Armelle, nos âmes inertes et froides sont devenues deux grandes forces qui savent et qui sentent. Le fond en est paisible et grave, l’enveloppe en est une chose sensible, vibrante, qui palpite au moindre contact, qui résonne rien qu’à l'écho d’un bruit. — Oh ! parlez, parlez, Claude, mur- mura-t-elle... Dès le premier jour, j’ai tressailli au son de votre voix. Plus tard, la signification des paroles aussi m’a fait frissonner... mais aujourd’hui c’est plus encore que tout cela !... c’est le sens mystérieux des mots qui me grise... c’est ce qu’ils ne disent pas que je veux entendre... — Ce que je vous dis là, Armelle, n’a pas de sens mystérieux... ce sont des choses toutes simples et qu’il faut prendre ainsi. Tout me paraît si simple, maintenant ! tout, la vie, nos relations, vous, moi...

此刻她倚在克洛德胸前。他聞著她髮間的香氣,閉著眼睛低聲說:「這就是我們的成就,阿梅勒。我們原本沉滯冰冷的心靈,已化作兩股巨大的力量,懂得思想,也懂得感受。它的底蘊安詳而深沉,外層卻敏感而震顫——輕輕一觸便悸動,單是一聲迴響便足以共鳴。」「啊!說吧,說吧,克洛德,」她喃喃道……「從第一天起,您的聲音就使我顫慄。後來,話語的含義也令我戰慄……可是今天,這一切都比不上……是字句那神祕的意涵令我陶醉……我要聽的,是它們沒說出口的……」「我對您說的這些話,阿梅勒,並沒有什麼神祕的含義……都是很簡單的事,就該這樣理解。如今一切都顯得那麼簡單!一切——生命,我們的關係,您,我……


[164]

pourquoi chercher au delà de cette simplicité ? — Oh ! Claude, il y a d’autres paroles derrière celles que vous prononcez... Je vous le dis, il y en a d’autres... mais lesquelles ? Il lui saisit les bras et la dressa devant lui. — Armelle ! que voulez-vous dire? — Je ne sais pas, balbutia-t-elle, je ne sais pas. Ils se regardèrent éperdus. Ils éprouvaient l'elroi de ceux qui se cachent à l’ombre et qui redoutent la lumière immi- ' nente. Ils se contractaient pour interdire le passage aux rayons de clarté qui les éblouissaient. Ils entretenaient en eux un grand tumulte afin d’étouffer le bruit des mots qu’ils refusaient d’entendre. Mais c’était la lutte de digues fragiles et d’obstacles dérisoires contre l’invasion de quelque torrent. La vérité brisa leurs résistances. Ce fut un apaisement. Leurs yeux se remplirent de douceur, leurs mains se joigni-

……何必在這份單純之外再追尋什麼呢?——「噢!克洛德,您說的這些話背後,還有別的話……我告訴您,還有的……可那是什麼呢?」他握住她的雙臂,把她拉起來,站在自己面前。「阿梅勒!您到底想說什麼?」「我不知道,」她結結巴巴地說,「我不知道。」兩人怔怔地對望。他們就像躲藏在陰影裡的人,畏懼即將來臨的光。他們渾身緊繃,想擋住那令他們目眩的光線。他們心中翻騰著巨大的騷動,想淹沒那些他們拒絕聽見的話語之聲。然而這不過是以脆弱的堤防、微不足道的障礙,去抵擋洪流的侵襲。真理沖垮了他們的抵抗。隨之而來的,是一片平靜。


[165]

rent. Armelle devina que Claude allait parler et, d’avance, une ivresse délicieuse la

交握在一起。阿梅勒察覺克洛德就要開口了,還沒聽見話語,一種美妙的沉醉已先漫上她心頭。


[166]

Les paroles chantaient de toutes parts. Elle les entendait en elle, et elle les entendait en lui, et autour d’eux, et dans l’immensité. Il les différait néanmoins, tant il y avait de saveur à les laisser flotter sur les ondes du silence. Et elles coulaient indéfiniment de ses lèvres immobiles. Ils furent heureux. Ils sentirent le bonheur comme un élément inépuisable qui les gonflait d’une force toujours croissante. Ils s’ouvraient à des sources impétueuses qui se ruaient du dehors, avec la vie des choses, la forme des plaines et des cieux, l’àme même de la nature, ils s’ouvraient à des sources miraculeuses qui jaillissaient du gouffre de leur être avec toutes les énergies et toutes les puissances de la vie intérieure, avec l’âme même de l’humanité Et ils étaient le lieu de cette solennelle rencontre. Par leurs yeux égarés, par leurs bouches haletantes, débordait Fexcès de leur bon-

話語從四面八方歌唱著。她在自己體內聽見它們,也在他體內聽見,在他們周圍、在浩瀚天地間聽見。然而他遲遲不肯說出口——任這些話語飄浮在寂靜的波濤上,滋味是何等甘美。話語卻仍從他不動的唇間無盡地流淌。他們是幸福的。他們感到幸福如同一種取之不竭的元素,以不斷增長的力量充盈著他們。他們向奔湧而來的激流源泉敞開——外頭湧來的,帶著萬物的生命、平原與天空的形貌、大自然本身的靈魂;從他們存在深淵中噴湧而出的奇蹟泉源,則帶著內在生命全部的能量與力量,帶著人類本身的靈魂。而他們,正是這場莊嚴相遇之所在。藉著迷離的雙眼、急促的雙唇,滿溢出他們幸福的


[167]

heur. Cela devait s’épandre en mots, en gestes ou en regards. Armelle versa des larmes. Leurs doigts frémirent comme des feuilles. Ils ne respiraient plus. Claude dit : — Je vous aime ! Elle ferma les paupières, elle ferma les mains. Et il lui sembla, dans son trouble, qu’elle fermait des portes afin de retenir tout l’infini de sa joie. — Je vous aime, murmura-t-elle. Ils eurent une minute de vertige. Le bonheur les étourdissait. Ils étaient comme de petits enfants épouvantés. Ils furent sur le point de se jeter dans les bras l’un de l’autre pour se demander secours. Et ils furent également sur le point de s’enfuir loin l’un de l’autre pour ne plus se revoir jamais. Trop heureux ils palpitaient d’une angoisse sacrée... A travers ses pleurs Armelle sourit. Ils redevinrent maîtres de leur joie. Claude répéta : — Je vous aime. Ils s’aimaient. C’était donc pour cela que

heur。這一切本該傾瀉出來,化為言語、化為動作、化為目光。阿梅勒流下了淚水。兩人的手指像樹葉般顫動,連呼吸都停了。克洛德說:「我愛您!」她閉上眼睛,也合攏雙手。在迷亂中,她彷彿正關上一扇扇門,好把那無邊的喜悅全都留住。「我愛您,」她低聲說。他們眩暈了整整一分鐘。幸福沖得他們頭昏眼花,像受驚的小孩。他們差點撲進彼此懷裡互相求援;也同樣差點逃開,從此永不再相見。幸福太滿了,他們因一種神聖的不安而心頭悸動……阿梅勒含淚微笑了。他們重新成為自己喜悅的主宰。


[168]

la vie leur paraissait si simple ! Comment leurs relations n’eussent-elles pas été faciles et claires puisqu’ils s’aimaient ? Vraiment, cette fois, il n’y avait pas de sens mystérieux derrière ces mots d’amour. Tout est si simple quand on s’aime! Nul sentiment n’a deux aspects divers. Nul rêve n’est double. Ils s’aimaient. Voilà que se dévoilait l'unité de leurs instincts et de leurs méditations, l’unité de leur passé et de leur avenir. Voilà que se montrait à chacun l’essence de l'autre et l’essence de la vie et l’essence de la nature. Et tout cela était si simple qu’ils songèrent combien il serait simple d'obéir à l'im- périeux désir qui leur ordonnait de se prendre. Comme l’acte eut été beau, à la luis solennel et réduit à ses justes proportions ! Comme il eut consacré de façon précise leur parfaite harmonie ! ils se regardèrent, troublés jusqu’au plus profond de leur être, consentants tous deux et pleins d'elfroi.

他們覺得生活多麼單純!既然相愛,兩人之間的關係又怎會不輕鬆、不明朗呢?真的,這一回,這些愛的字眼背後再沒有什麼神祕的含義了。相愛的時候,一切都是那麼單純!沒有一種情感有著兩種不同的面貌,沒有一個夢是雙重的。他們相愛了。於是,本能與思緒的一致、過去與未來的一致,就此展露出來;彼此的本質、生命的本質、大自然的本質,也向兩人各自顯現。一切都這麼單純,單純得讓他們想到:順從那命他們彼此相屬的強烈渴望,將是多麼簡單的事。在莊嚴而有所節制的光亮下,這個行為將是多麼美好!它將多麼確切地見證兩人完美的和諧!他們互相凝視,內心深處激盪不安,兩人都默然首肯,卻又滿懷惶恐。


[169]

' - D’obscures défenses les arrêtèrent. Mais du moins, cédant au besoin invincible de mêler quelque chose d’eux-mêmes, ils se penchèrent l’un vers l’autre, et leurs bouches s’unirent. Dans la lande illimitée, sous le ciel sans bornes, leur vie s’exalta, et ils sentirent battre en eux, à grands coups puis sants, la vie universelle.

一種幽暗的禁令攔住了他們。但至少,順著那股想把自己融進對方生命裡、無法抗拒的衝動,他們俯身靠向彼此,兩人的唇終於結合了。在無邊的荒野上,在無際的蒼穹下,他們的生命昂揚起來,感到宇宙的生命在自己體內搏動,先是強烈急促,繼而綿長深緩。


[170]

Il y avait une heure qu’ils étaient de retour. Claude Landa suivait la pelouse du jardin. Des feuilles d’or commençaient à surgir de la touffe verte des arbres, et des feuilles mortes jouaient dans les allées et dans les taillis. Ainsi s’annonçait l’automne. La porte de la maison s’ouvrit, et Armelle vint à la rencontre de Claude. Sans une parole, ils se prirent les mains, marchèrent à pas rapides vers la tour et gravirent en hâte, jusqu’au sommet, les hauts degrés de pierre. Là seulement, pensaient-ils, et d’un seul coup, ils retrouveraient Guérande, la ville amicale qui leur avait accordé l’aide de son passé et de sa poésie.

他們回來已有一個鐘頭。克洛德·朗達沿著花園草坪走著。金黃的葉片開始從樹木的綠叢中冒出,枯葉在小徑上、在灌木叢裡翻飛。秋天就這樣宣告來臨。屋門開了,阿梅勒迎向克洛德。兩人一句話也沒說,握起手來,快步走向塔樓,急急攀上高高的石階,直到塔頂。他們想著,只有在這裡,才能一舉重新尋回蓋朗德,那座友善之城,以自己的歷史與詩意賜予他們援助。


[171]

Ils la virent tout entière, en sa robe de granit, avec la parure de ses dix donjons et les plaques d’acier de ses douves. Les vieux boulevards lui faisaient un collier de feuillage. Autour d’elle, comme un cadre fastueux propre à l’embellir, se déployaient les campagnes verdoyantes semées de demeures féodales et la plaine aux miroirs et aux petits tas de neige. La mer emplissait l’horizon. — Claude, vous souvenez-vous de la première fois où je vous ai cou ‘uit ici? — Je m’en souviens, vous me racontiez vos peurs d’enfant quand un mauvais génie vous tenait captive, et que vous examiniez la couleur des oiseaux qui passaient. Elle lui dit d’une voix tendre : — Vous êtes le prince Charmant qui m’avez délivrée, Claude, les murs de ma prison sont abattus, et je n’ai plus d’entraves. — Vous êtes la fée dont le sourire m’a rafraîchi, Armelle, je vous appellerai la fée Souriante.

他們一眼望見她的全貌:一身花崗岩的衣袍,佩著十座主塔的妝飾,護城河上覆著鋼板。古老的林蔭大道環繞著她,像一條枝葉編成的項鍊。她四周鋪展著翠綠的鄉野,散布著一座座封建宅邸;還有那片平原,水塘如明鏡,草垛似小雪堆,華麗地襯托著她,宛如一幅畫框。大海填滿了整個地平線。 「克洛德,您還記得我第一次帶您到這裡來嗎?」 「我記得。那時您對我講述兒時的恐懼,說一個惡精靈把您囚禁著,您便端詳飛過的鳥兒,看牠們的顏色。」 她以溫柔的聲音說:「克洛德,您就是解救我的魅力王子。我牢獄的圍牆已經倒塌,我不再有鎖鏈了。」 「阿梅勒,您就是那位以微笑使我清爽的仙女,我要稱您為微笑仙女。」


[172]

Us furent fiers l’un de l’autre, comme si ces noms les eussent dotés de quelque mérite spécial. Leurs yeux voguaient plus librement sur l’étendue, depuis qu’ils avaient proclamé leur affranchissement, et ils la dominaient d’une hauteur plus grande qu’autre fois. Il affirma : — Nous nous aimons, Armelle. — Oui, Claude, nous nous aimons. Moins qu’à eux-mêmes, ils s’adressaient aux choses environnantes, à tous les témoins de leurs débuts indécis, à l’enceinte, aux créneaux, aux collines, aux marais. Là où jadis ils avaient offert le spectacle de deux indifférents qui se promènent en quête d'impressions, ils se délectaient à crier leur amour. Ils eussent voulu que tout participât à leur félicité. Débordants de gratitude, ils remerciaient les choses et leur jetaient comme une bonne nouvelle dont elles devaient se réjouir : — Nous nous aimons, nous nous aimons.

他們為彼此感到驕傲,彷彿這些名字給了他們什麼特殊的功績。自從宣告了解脫,他們的目光更能自在地遨遊於廣闊天地,俯瞰的角度也比往日更高。他說:「我們相愛,阿梅勒。」「是的,克洛德,我們相愛。」這話與其說是對彼此說的,不如說是對周遭的事物說的,對他們那段猶疑歲月的所有見證者說的,對城牆、雉堞、丘陵、沼澤說的。昔日他們以兩個陌生人的姿態出現在這裡,漫無目標地尋找印象;如今他們暢快地高呼自己的愛情。他們恨不得萬物都分享自己的幸福。他們滿懷感激,向萬物道謝,彷彿向它們投擲一則喜訊,一則它們也應當為之歡欣的喜訊:「我們相愛,我們相愛。」


[173]

C’était la conquête qu’ils avaient rapportée de leur voyage. Ce qui les attendait au fond de la Bretagne et vers quoi ils s’imaginaient avancer comme vers un être mystérieux, n’était-ce point l’amour plutôt que la nature ? Succinio, Josselin, la forêt de Brocéliande, l’étang de la Forge, chacune de ces étapes marquait, sans qu’ils s’en avisassent, un pas de plus dans la voie qu’ils suivaient. Et voulant assigner une date à leur passion, ils durent remonter de semaine en semaine, car ils ne voyaient guère que tel jour méritât cet honneur.

這便是他們從旅程中帶回的征服。在布列塔尼深處等待著他們的,究竟是自然,還是愛情?他們只當自己在走向某個神祕的存在,其實不然。敘西尼奧(Succinio)、若斯蘭(Josselin)、布羅塞利安德森林(forêt de Brocéliande)、拉福爾日池塘(étang de la Forge),每一站都在他們不自覺間,標記著這條路上又邁進的一步。想為這段感情定下一個日期時,他們不得不一週一週地往前追溯,實在看不出哪一天配得上這份榮耀。


[174]

— Nous nous sommes aimés dès le premier soir, Armelle. Si nous avons pu changer la forme de notre sentiment, du moins ne pouvions-nous pas ne pas nous aimer. Il y avait en nous les sympathies et les affinités qui sont les germes de l’amour. Mais déjà les abîmait la vieille loi de mensonge et c’est pourquoi nous avons eu le bonheur de ne pas les distinguer. La jeune femme repartit : — Ainsi donc, voilà le but invisible où

「我們從第一晚就相愛了,阿梅勒。就算感情後來變了樣子,我們起碼不可能不相愛。我們身上本來就有那種好感、那種投緣,那正是愛的種子。可是謊言那套老規矩早就把這些種子給糟蹋了,所以說,我們沒能及早看出來,反倒是我們的運氣。」年輕女人回答說:「這麼說,這就是我們


◂ 前頁下頁 ▸