阿波書房 · XXXI
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[275]

Jorancé ne put s'empêcher de rire. — Croyez-vous que c’est ça qui arrêtera les Prussiens ?

若朗塞忍不住笑了:「您以為,這樣就擋得住普魯士人嗎?」


[276]

— Ne ris pas, mon ami. Tu sais comment j'entends mon de- voir, et ce que je fais. Mais il est bon que Philippe le sache aussi. Assieds-toi, mon garçon.

「別笑,老朋友。你很清楚我是怎麼看待自己的本分,也知道我在做些什麼。不過,這些事也該讓菲利普知道。來,坐吧,孩子。」


[277]

Lui-même il s’assit, abandonna la pipe qu'il fumait, et commença, avec la satisfaction visible d’un homme qui peut enfin parler de ce qui lui tient le plus à cœur :

他自己也坐下來,放下正抽著的菸斗,開口說話。他一臉滿足,總算能談起他最放在心上的事:


[278]

— Tu connais la frontière, Philippe, ou plutôt le versant al- lemand de la frontière ?.. une falaise abrupte, une suite de pics et de ravins qui font de cette partie des Vosges un rempart in- franchissable.…

「菲利普,你知道邊界那一帶吧?我是說,靠德國那一側的邊界?……陡峭的斷崖,後面接著一座座山峰和深谷,讓孚日山脈這一帶變成一道根本過不去的天險……」


[279]

— Absolument infranchissable, en effet, dit Philippe.

菲利普說:「對啊,那邊根本過不去。」


[280]

— Erreur, s’exclama Morestal, erreur funeste ! Dès le pre- mier instant où j'ai réfléchi à ces questions, j'ai pensé qu’un jour viendrait où l'ennemi l’attaqueraïit, ce rempart.

「錯!錯得要命!」莫雷斯塔爾大聲駁道,「我打從一開始想這些問題,就斷定總有一天,敵人會來打這道壁壘。」


[281]

— Impossible !

「絕對不可能!」


[282]

— Ce jour est venu, Philippe. Depuis six mois, pas une se- maine ne s'écoule sans que je rencontre par là quelque figure louche, ou que je me heurte à des promeneurs dont la blouse cache à peine l’uniforme. C’est un travail sournois, progressif, ininterrompu. Tout le monde y concourt. L'usine électrique que la maison Wildermann a dressée follement au bord du précipice n’est qu’un trompe-l’œil. La route qui la dessert est une route stratégique. De l’usine au col du Diable, cinq cents mètres tout au plus. Un effort, la frontière est franchie.

「這一天已經到了,菲利普。這半年來,每個禮拜我在那一帶不是碰上幾個鬼鬼祟祟的傢伙,就是撞見幾個拿罩衫遮軍服、還遮不太住的『散步客』。這是暗地裡在搞的,一步一步來、從沒停過的動作,人人都有份。維爾德曼商行在懸崖邊上亂蓋的那座發電廠,根本只是個幌子。通到那裡的那條路,其實是一條戰略道路。從發電廠到魔鬼山口,頂多五百公尺。只要一衝,邊界就越過去了。」


[283]

— Par une compagnie, objecta Jorancé.

若朗塞反駁道:「頂多一個連而已。」


[284]

— Où passe la compagnie, le régiment peut passer, et puis la brigade... À Bœrsweilen, à huit kilomètres des Vosges, il y a trois mille soldats allemands sur le pied de guerre. À Gernach, vingt kilomètres plus loin, il y en a douze mille, et quatre mille chevaux, et huit cents fourgons. Le soir de la déclaration, avant même peut-être, ces quinze mille hommes auront franchi le col du Diable. Ce n’est pas un coup de main qu’on veut tenter. À quoi bon ? C’est le passage, la prise de possession des crêtes, l'occupation de Saint-Élophe. Quand nos troupes arrivent, trop tard ! Noirmont est coupé, Belfort menacé, le sud des Vosges envahi... Tu vois d’ici l'effet moral... nous sommes perdus. Voilà ce qui se prépare dans l’ombre. Voilà ce que tu n’as pas su voir, Jorancé, malgré toute ton attention. et malgré mes avertisse- ments.

「一個連過得去,團就過得去,接下來連旅都過得來……伯斯維萊恩(Bœrsweilen)離孚日山脈才八公里,那裡就有三千德國兵,統統都在備戰。再往前二十公里的蓋爾納赫(Gernach),有一萬兩千人、四千匹馬,還有八百輛輜重車。宣戰那天晚上,說不定還要更早,這一萬五千人就會越過魔鬼山口了。他們要搞的才不是什麼突襲,突襲有什麼用?他們要的是通道,是拿下稜線,是佔領聖埃洛夫(Saint-Élophe)。等我們的部隊趕到,早就來不及了!諾爾蒙(Noirmont)被切斷,貝爾福(Belfort)受威脅,孚日山脈南部整個被佔……你想想看,這士氣會垮成什麼樣子……我們就完了。這就是暗地裡在準備的事。若朗塞,這就是你沒看出來的事,虧你還這麼用心。」


[285]

— J’ai écrit, la semaine dernière, à la préfecture.

「我上禮拜就已經寫信給省政府了。」


[286]

— Il fallait écrire l’année dernière! Pendant ce temps, l’autre vient, l’autre avance... C’est à peine s’il se cache... Tiens... Écoute-le.. écoute-le.

「去年就該寫了!這段時間,那傢伙來了,那傢伙一步步逼上來了……根本連躲都懶得躲……欸……你聽,你聽聽看。」


[287]

Très loin, comme un bruit d’écho, assourdie par la masse des arbres, une sonnerie de clairon avait vibré, quelque part. Sonnerie indistincte. Mais Morestal ne s’y trompa point, et il dit à voix basse :

遠處不知什麼地方,傳來一陣軍號聲。聽起來像回音,茂密的樹林把聲音悶住了,模糊不清。但莫雷斯塔爾一點也沒聽錯,他低聲說道:


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— Oh! c’est lui! c’est lui. Je reconnais la voix de l'Allemagne... Je la reconnais entre toutes. La voix rauque et détestée..

「喔!是他!就是他!德國的聲音我認得……那麼多聲音裡,我一聽就認得出來。那個沙啞又討厭的聲音……」


[289]

Après un moment, Philippe, qui ne le quittait pas des yeux, prononcça :

片刻後,菲利普開了口,目光始終沒離開他:


[290]

— Et alors, père ?

「所以呢,爸?」


[291]

— Et alors, mon fils, c’est en prévision de ce jour-là que j'ai bâti ma maison sur cette colline, que j'ai clos mes jardins d’un mur, qu'à l'insu de tous j'ai accumulé dans les communs les moyens de défense : des munitions, des sacs de sable, de la poudre... bref, que j’ai dressé, pour le cas d’une alerte, cette pe- tite forteresse inconnue à vingt minutes du col du Diable... au seuil même de la frontière !

「怎麼樣,兒子啊,我就是為了防著這一天,才把房子蓋在這山丘上,才用圍牆把園子圍起來,才瞞著所有人,在倉房裡囤了防守的東西:彈藥、沙包、火藥……總之,為了以防萬一,我才蓋了這座沒人知道的小堡壘,離惡魔隘口不過二十分鐘,就卡在邊境的門口上!」


[292]

Il s'était planté face au levant, face à l’ennemi, et, les poings crispés aux hanches, en une attitude de défi, il semblait attendre l’inévitable assaut.

他站得筆直,面向東方,面向敵人。雙拳握緊,抵在腰間,一副迎戰的架勢,彷彿在等那場躲不掉的猛攻。


[293]

Le commissaire spécial, qui doutait encore que son zèle eût été pris en défaut dans cette affaire, bougonna :

特派員還是不覺得自己在這案子上有疏失,咕噥道:


[294]

— Votre bicoque ne tiendra pas une heure.

「你那間破房子,連一個小時都撐不住。」


[295]

— Et qui te dit, s’écria Morestal avec véhémence, qui te dit que cette heure-là ne soit pas précisément l’heure même qu’il aurait fallu gagner ?.. Une heure ! le mot est juste. une heure de résistance au premier choc ! une heure d’arrêt !.. voilà ce que j'ai voulu, voilà ce que j'offre à mon pays. Que chacun fasse comme moi, dans la mesure de ses forces, que chacun soit hanté jusqu’à la fièvre par l’obsession du service individuel qu’il devra rendre à la patrie et, si la guerre éclate, vous verrez comment un grand peuple sait prendre sa revanche.

「誰跟你說的,」莫雷斯塔爾激動地喊道,「誰跟你說,這一個小時,搞不好正是我們非搶到不可的那一個小時?……一個小時!這話說得一點沒錯。硬擋第一波攻擊的一個小時!把敵人卡住的一個小時!……這就是我要的,這就是我獻給國家的。人人都跟我一樣,量力而為,人人都為了自己該為國家盡的那份力,操心到發燒;要是真的開戰,你們就看看,一個偉大的民族是怎麼報仇雪恥的。」


[296]

— Et si, malgré tout, nous sommes battus ? répéta Philippe. — Quoi ?

「可就算這樣,我們最後還是輸了呢?」菲利普又問了一遍。 「什麼?」


[297]

Le vieux Morestal s'était retourné vers son fils, comme s’il avait reçu un coup, et une bouffée de sang enflammait son vi- sage. Il regarda Philippe dans les yeux.

老莫雷斯塔爾轉身面向兒子,像是挨了一下重擊,整張臉頓時漲紅。他盯著菲利普的眼睛。


[298]

— Que dis-tu ?

「你說什麼!?」


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Philippe eut l’impression du choc qui allait les jeter l’un contre l’autre s’il osait préciser davantage ses objections. Alors il articula des mots au hasard :

菲利普感覺得到,他要是敢把反對意見說得再明白一點,兩人就要撞上了。於是他隨口含糊說了幾個字:


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