Les Contes du Gil Blas · gil_blas
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Ces moqueries, cependant, m’attachaient de plus en plus à ma mère. Sa nature dévouée convenait à mon caractère ombrageux. Elle se confiait à moi, en des crises d’expansion qui me renseignaient sur les méchancetés de son frère, sur sa mauvaise humeur, sur les violentes querelles dont elle sortait épuisée, les membres rompus de coups.

然而,這些嘲弄反而讓我越發依戀母親。她甘於付出,我生性陰鬱,我們正好相合。她什麼都願意告訴我,心一敞開就說起弟弟的刻薄、弟弟的壞脾氣,還有那些激烈的爭吵。每一回吵完,她都筋疲力盡,渾身是挨打留下的傷。


[201]

La conduite de M. Jumelin m’indignait. J’en vins à le détester, et je l’évitais, guidé par cet instinct de l’enfant qui s’éloigne des personnes sèches et dures. D’ailleurs, il s’assombrissait chaque jour davantage. Toute société l’importunait. On supprima les réunions du jeudi. Il donna sa démission d’adjoint et de président de la Ligue libre penseuse. Aux reproches de ma mère, il répliqua :

朱姆蘭先生的言行讓我憤慨。我開始恨他,總躲著他。孩子自有本能,會遠離冷漠嚴苛的人,我就是循著這種本能。而且,他一天比一天陰沉。什麼交際都讓他心煩。星期四的聚會停了。他辭去副鎮長和自由思想同盟主席的職務。我母親責備他,他回道:


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– Que m’importent les honneurs !

「榮譽什麼的,關我什麼事!」


[203]

Tous les matins, avant de partir, j’allais embrasser mes parents. Or, un jour, en entrant chez lui, je vis, pendu à un clou du plafond, mon père. C’est une des affreuses visions qui me hantent, la première. Et elle ne me hante pas seulement comme un souvenir imprimé dans mon cerveau, mais comme une réalité présente, actuelle, que je revis à toute minute. Il est là, devant moi, la tête ployée, les yeux grands ouverts. Et il me tire la langue, une langue bleuie et gonflée. Puis-je espérer quelque bonheur avec ce cadavre dont la silhouette danse sur les murs, sur les journaux, sur tout objet où se pose mon regard ?

每天早晨,出門前,我都會去親吻父母。有一天,我走進父親房裡,看見他吊在天花板的一根釘子上。這是纏著我的可怕景象之一,也是最初的一個。它不只是一段烙印在腦海的回憶,更像是眼前真實發生的事,我每一刻都在重新經歷一遍。他就在我眼前,頭垂著,眼睛睜得大大的。他對著我吐舌頭,舌頭發青,又腫又脹。這具屍體的身影不停晃動,牆上有,報紙上有,我目光停留的每樣東西上都有。帶著這樣一具屍體,我還能指望什麼幸福呢?


[204]

Je ne retournai plus à l’école. M me Jumelin loua un appartement à Rouen, et je suivis les cours du lycée Corneille.

那所學校,我再也沒回去。居姆蘭太太(Mme Jumelin)在魯昂租了一間公寓。我就轉到科爾內耶中學(lycée Corneille)唸書。


[205]

Ma mère ne manquait point de venir m’y rechercher. Je me la représente encore, debout sur le trottoir, vêtue de son éternelle redingote. Elle s’emparait de mes livres. Nous marchions en causant, et je lui racontais les incidents de la classe. Aussitôt arrivés, nous nous installions auprès de la fenêtre devant une petite table. J’écrivais mes devoirs sous sa surveillance, et je lui récitais mes leçons.

母親每次都會來接我。我到現在還記得,她站在人行道上的樣子,身上永遠是那件大衣。她接過我的書。我們邊走邊聊,我把課堂上發生的事講給她聽。一回到家,我們就在窗邊的小桌前坐下來。她看著我寫功課,我再背課文給她聽。


[206]

Avec l’âge cependant se développaient mes tendances à l’inquiétude. Je cherchais tout ce qui pouvait me chagriner. Inévitablement je ne tardai pas à réclamer la vérité sur ma naissance.

然而,年紀漸長,我也越來越容易不安。什麼事能讓自己難過,我偏要去想。果然,沒過多久,我就追問起自己的身世,非知道真相不可。


[207]

– Qui suis-je ? Un enfant trouvé ? le fils de l’un de vous ?

「我是誰?我是撿來的嗎?還是你們其中一個人的兒子?」


[208]

Après de longues hésitations, M me Jumelin me révéla ce qu’elle savait. J’insistai :

居姆蘭太太遲疑了很久,才把她知道的告訴我。我堅持追問:


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– Soit, ma mère est une bonne quelconque que vous avez eue à votre service. Mais de vous deux, qui est mon père.

「好吧,就算我媽是你們家以前請過的某個女傭,那你們兩個裡面,到底誰才是我爸?」


[210]

Elle répondit en rougissant :

她紅著臉回答:


[211]

– Je ne sais pas.

「我不知道。」


[212]

Elle ne savait pas, source intarissable de douleurs, elle ne savait pas ! Peut-être le sang qui coulait en mes veines ne provenait-il point du vieux garçon que j’exécrais, mais de celui qui me chérissait et que j’appelais toujours ma maman ! Peut-être, hélas ! étais-je le fils du pendu, et ma maman ne m’était-elle rien, rien qu’un parent dont la chair n’avait point engendré ma chair, dont la vie n’avait point créé ma vie. Devais-je l’aimer d’amour filial, ou d’affection reconnaissante ? Je lui disais mon supplice. Elle affectait d’en rire.

她不知道,她什麼都不知道!這成了我沒完沒了的痛苦根源!說不定,我血管裡流的血,根本不是來自那個我痛恨的老光棍,而是來自疼我的那個人,那個我一直喊媽媽的人!說不定——唉!我是那上吊者的兒子,媽媽和我就什麼都不是了,只是一個親戚。她的血肉沒有生出我的血肉,她的生命也沒有創造我的生命。我對她,究竟是子女之愛,還是感恩之情?我把這份煎熬告訴她,她卻裝作好笑,一笑帶過。


[213]

– Qu’importe qui est ton père ! je ne veux même pas l’être, je suis ta mère, avant tout.

「你爸爸是誰,有什麼關係!我才不想當你爸爸,我是你的媽媽,這才是最重要的。」


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Et sa voix tendre et son bon regard anxieux me réconfortaient.

她聲音溫柔,眼神關切又帶著擔憂,讓我感到安慰。


[215]

Ainsi nous vécûmes là quelques années paisibles, les moins mauvaises, certes, de mon existence. Je n’y connus aucune de ces joies déterminées qui s’imposent à la mémoire, ce fut plutôt une succession de jours bien remplis, dont la monotonie endormait ma souffrance.

就這樣,我們在那裡過了幾年平靜的日子。那的確是我這一生中最不難熬的一段歲月。在那裡,我不曾嘗過那種會刻進記憶裡的、明確的歡樂。那只是一段接一段過得充實的日子。日子單調,反而哄睡了我的痛苦。


[216]

… Au lycée, je nouai quelques relations assez intimes avec des camarades de classe. Un, surtout – ah ! je me rappelle cela maintenant ! – un, surtout, un grand, m’attira par sa force, par son aspect solide, par l’aisance de ses gestes. Je me sentais chétif à côté de lui, j’aurai voulu qu’il me battît, qu’il me brisât les membres de ses bras puissants. Je l’aimais de tout mon cœur qui s’éveillait. Et puis il partit. Je ne l’ai plus revu. Mais ses yeux m’obsèdent encore, ses grands yeux bleus très purs.

……在中學裡,我和幾個同學處得很好,感情頗親近。其中最特別的一個——啊!我現在想起來了!——是個高個子。他力氣大,體格結實,舉止從容,我深受吸引。站在他身邊,我覺得自己瘦弱不堪。我甚至希望他動手打我,用那雙有力的手臂折斷我的四肢。我那顆剛甦醒的心,全心全意愛著他。後來他走了,我再也沒有見過他。可是他的眼睛至今還纏著我,那雙又大又藍、清澈無比的眼睛。


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… Un dimanche, des amis m’entraînèrent à l’estaminet. Il y avait plusieurs femmes. On but, on rit. Une petite blonde, de figure agréable, s’assit sur mes genoux et m’embrassa. Je la repoussai violemment, comme écœuré de ce contact. Elle se fâcha, mes amis me plaisantèrent, et je m’en allai, jugeant moi-même ma conduite absurde… Mon Dieu ! comme tout cela m’apparaît clairement aujourd’hui, aujourd’hui que je vais mourir ! Comme toutes ces choses auxquelles je n’avais jamais réfléchi, se précisent, s’expliquent, se coordonnent, acquièrent un sens particulier, une importance spéciale ! Comme je comprends bien tout, tout !

……一個星期天,幾個朋友拉我去小酒館。那裡有幾個女人。大家喝酒,說笑。一個長相討喜的金髮女孩坐到我腿上,親了我。我用力把她推開,只覺得那碰觸讓人噁心。她生氣了,朋友們拿我開玩笑,我就走了,連自己都覺得這舉動很荒唐……上帝啊!如今我就要死了,這一切看得多清楚!那些我從沒細想過的事,現在都清楚了,有了解釋,彼此連了起來,有了特別的意義,特別的分量!我全明白了,什麼都明白了!


[218]

Une fois par mois, M me Jumelin accomplissait pieusement un pèlerinage à Duclair. Malgré mes supplications, elle avait conservé la maison du pendu, comme la désignent encore les paysans d’alentour.

每個月,居姆蘭太太都會虔誠地到迪克萊(Duclair)朝聖一次。我再三哀求,她還是留著那棟上吊者的房子。附近的農民到今天還這樣叫它。


[219]

– J’ai eu là de bons moments, disait-elle, ce serait mal de la vendre.

「我在那裡有過很美好的日子,賣掉它太可惜了。」她說。


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Moi, je refusais d’y aller. Cette maison m’inspirait une sorte de terreur. Le fantôme du mort l’habitait. En outre, je l’ai su depuis, le pressentiment m’y assaillait, des choses innommables que ces murs avaient dissimulées.

我卻不肯去那裡。那棟房子讓我莫名害怕。死者的亡魂住在裡面。再說,後來我才知道,當時在那裡纏著我的,是一種預感。那些牆裡,藏著說不出口的事。


[221]

Ma mère revenait le lendemain. Je l’attendais à l’arrivée de la diligence. Or, un mardi – j’en célèbre chaque semaine l’anniversaire par des imprécations – les quatre chevaux de l’omnibus débouchèrent au grand trot sur la place du Vieux-Palais, et le conducteur, m’interpellant du haut de son siège, entre deux coups de fouet, me cria :

我母親第二天回來,我到驛車停靠處等她。偏偏來了一個星期二——那天我每星期想起都要咒罵一回——公共馬車的四匹馬邁開大步,奔進老宮廣場。車夫高坐在座位上,趁兩聲鞭響的空檔,朝我喊道:


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– Vite, la m’man Jumelin vous attend, elle est malade.

「快點啦!居姆蘭媽媽在等你,她病了!」


[223]

Je choisis un fiacre et je partis.

我叫了一輛出租馬車出發。


[224]

Je trouvai ma mère couchée. Elle m’embrassa avec un sourire triste, en balbutiant :

我看見母親躺在床上。她神情哀傷,微笑著親我,喃喃說道:


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