– Un remerciement, mais pas de compliment. Saperlotte, quel mauvais gardien de prison je fais ! Et avec quelle dextérité les autres m’ont soufflé mon captif ! Comment n’ai-je pas prévu que le second de vos agresseurs, l’homme au feutre gris, irait avertir le troisième complice qui attendait dans son auto, et que tous deux ensemble viendraient au secours de leur compagnon ? Et voilà qu’ils sont venus. Et, tandis que vous et moi nous bavardions, ils ont forcé l’entrée de service, ont passé par la cuisine, sont arrivés devant la petite porte qui sépare l’office du vestibule et ont entrebâillé cette porte. Là, tout près d’eux, sur son canapé, le personnage est toujours évanoui, et solidement attaché. Comment faire ? Impossible de le tirer hors du vestibule sans donner l’éveil à Ya-Bon. Et pourtant, si on ne le délivre pas, il parlera, il vendra ses complices, il empêchera d’aboutir un plan soigneusement préparé. Alors ? Alors un des compagnons se penche furtivement, avance le bras, entoure de sa cordelette cette gorge que Ya-Bon a déjà rudement endommagée, ramène les boucles des deux extrémités, et serre, serre lentement, serre tranquillement, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Aucun bruit. Pas un soupir. Tout cela s’opère dans le silence. On est venu, on tue, et l’on s’en va. Bonsoir. Le tour est joué, le camarade ne parlera pas.
「道謝可以,恭維就免了。見鬼,我這個獄卒當得真爛!人家手腳多俐落,一下就把我的俘虜給搶走了!我怎麼沒想到,襲擊您的第二個傢伙,就是那個戴灰氈帽的,會去通知在車上等的第三個同夥,兩個人再一起回來救他們的同伴?結果他們真的來了。趁您跟我在這邊閒聊的時候,他們撬開後門,穿過廚房,摸到配膳室和門廳之間那道小門前,把門推開一條縫。離他們沒幾步,那傢伙還昏倒在沙發上,被綁得死死的。怎麼辦?要把他拖出門廳又不驚動亞邦,根本不可能。可要是不把他弄走,他就會開口,就會出賣同夥,就會毀了整個精心安排好的計畫。所以呢?所以其中一個就悄悄彎下腰,伸出手,用細繩套住那條已經被亞邦勒傷的脖子,兩頭一收,慢慢收緊,靜靜收緊,一直到斷氣。一點聲音都沒有,連一聲嘆息都沒有,整個過程都是靜悄悄的。人來了,殺了人,又走了。晚安,事情辦完了,這傢伙不會再開口了。」
La gaieté du capitaine redoubla.
上尉笑得更起勁了。
– Le camarade ne parlera pas, reprit-il, et la justice, qui retrouvera son cadavre demain matin dans un jardin clôturé, ne comprendra rien à l’affaire. Et nous non plus, maman Coralie, et nous ne saurons jamais pourquoi ces gens-là voulaient vous enlever. Vrai ! si je ne vaux pas grand-chose comme gardien de prison, comme policier je suis au-dessous de tout.
他接著說:「這傢伙不會再開口了,明天一早人家在那座有圍牆的花園裡發現他的屍體,司法那邊也只會一頭霧水,什麼都摸不著頭緒。我們也一樣啦,柯拉莉媽媽,我們永遠不會知道那夥人到底為什麼想綁走您。說真的!我當獄卒已經夠不像樣了,當警察就更別提了,根本是糟透了。」
Il continuait de se promener d’un bout à l’autre de la pièce. L’amputation de sa jambe, ou plutôt de son mollet, ne paraissait guère le gêner, et provoquait tout au plus à chaque pas, les articulations de la cuisse et du genou ayant gardé leur souplesse, un certain désaccord des hanches et des épaules. D’ailleurs sa haute taille corrigeait plutôt ce défaut d’harmonie, que la désinvolture de ses gestes et l’insouciance avec laquelle il avait l’air de l’accepter, réduisaient en apparence à d’insignifiantes proportions.
他繼續在房裡從這頭走到那頭。他截去一條腿,正確來說是小腿肚,走起路來卻像是一點也不礙事。大腿和膝蓋的關節依舊靈活,每跨出一步,頂多讓肩膀和臀部的擺動有點對不上。好在他身材高大,正好蓋過這點不協調。再加上他舉止瀟灑,對這缺陷也坦然接受,一副滿不在乎的樣子,外表上就幾乎看不出來了。
La figure était ouverte, assez forte en couleur, brûlée par le soleil et durcie par les intempéries, d’expression franche, enjouée, souvent gouailleuse. Le capitaine Belval devait avoir vingt-huit à trente ans. Il rappelait un peu par son allure ces officiers du Premier Empire auxquels la vie des camps donnait un air spécial, qu’ils gardaient par la suite dans les salons et près des femmes.
他有一張開朗的臉,臉色紅潤。太陽把他曬黑了,風霜把他磨得硬朗。神情坦率愛笑,還常開人玩笑。貝爾瓦爾上尉年約二十八到三十歲。說到風采,他有點像第一帝國的軍官。軍旅生活給了那些人一種特殊的氣派,後來進了沙龍,到了女人身邊,也都還留著。
Il s’arrêta pour contempler Coralie dont le joli profil se détachait sur les lueurs de la cheminée, puis il revint s’asseoir à ses côtés, et il lui dit doucement :
他停下腳步,望著柯拉莉。壁爐的火光裡,她秀美的側臉輪廓分明。他回到她身旁坐下,輕聲對她說:
– Je ne sais rien de vous. À l’ambulance les infirmières et les docteurs vous appellent Mme Coralie. Vos blessés prononcent maman. Quel est votre nom de femme ou de jeune fille ? Êtes-vous mariée ou veuve ? Où habitez-vous ? On l’ignore. Chaque jour, aux mêmes heures, vous arrivez et vous vous en allez par la même rue. Quelquefois, un vieux serviteur à longs cheveux gris et à barbe embroussaillée, un cache-nez autour du cou, des lunettes jaunes sur les yeux, vous accompagne ou vient vous chercher. Quelquefois aussi, il vous attend, assis sur la même chaise, dans la cour vitrée. On l’a interrogé, mais il ne répond à personne.
「我對您的事,可以說是一無所知。在救護站,護士也好、醫生也好,都叫您柯拉莉夫人;您照顧的那些傷兵,一開口就是媽媽。您的夫姓是什麼,娘家又姓什麼?您結婚了嗎,還是守寡了?您住在哪裡?這些,全都沒人知道。每天,您總是在同樣的時間來、同樣的時間走,走的永遠是同一條街。有時候,會有個老僕人陪您來,或是來接您回去,灰白的長頭髮,鬍子亂糟糟的,脖子上圍著圍巾,眼睛上還架著一副黃眼鏡。有時候,他就坐在玻璃院子裡那張固定的椅子上等您。有人找他問過話,可他誰都不理。」
« Je ne sais donc rien de vous, qu’une chose, c’est que vous êtes adorablement bonne et charitable, et que vous êtes aussi, je puis le dire, n’est-ce pas ? adorablement belle. Et c’est peut-être, maman Coralie, parce que toute votre existence m’est inconnue que je me l’imagine si mystérieuse, et, en quelque sorte, si douloureuse, oui, si douloureuse ! Vous donnez l’impression de vivre dans la peine et dans l’inquiétude. On vous sent toute seule. Personne ne se dévoue à votre bonheur et à votre sécurité. Alors j’ai pensé… il y a longtemps que je pense à cela et que j’attends l’occasion de vous l’avouer… j’ai pensé que vous aviez sans doute besoin d’un ami, d’un frère qui vous guide et qui vous défende. Me suis-je trompé, maman Coralie ? »
「所以說,關於您,我其實什麼都不知道,只知道一件事,就是您善良、仁慈得讓人心疼,而且,請容我說一句,您也美得讓人心疼,是不是?柯拉莉媽媽,或許正是因為您的過去對我完全是個謎,我才會把它想得那麼神祕,又那麼……那麼惹人心酸,對,真的很心酸!您看起來像是活在難受和不安裡,讓人覺得您孤零零的一個人。沒有人為您的幸福、為您的平安費心。所以我就想……這個念頭我放在心裡很久了,一直在等機會向您說出口……我想,您身邊大概需要一個朋友,一個像哥哥一樣能帶著您、護著您的人。我這樣想,錯了嗎,柯拉莉媽媽?」
À mesure qu’il parlait, on eût dit que la jeune femme se resserrait en elle-même et qu’elle mettait un peu plus de distance entre elle et lui, comme si elle n’eût pas voulu qu’il pénétrât dans ces régions secrètes qu’il dénonçait. Elle murmura :
他愈說,那年輕婦人愈往自己心裡縮,也把兩人的距離拉得更開。那些隱密的心事,他既已點破,她就不讓他闖入。她低聲說:
– Si, vous vous êtes trompé. Ma vie est toute simple, je n’ai pas besoin d’être défendue.
「您弄錯了。我的日子單純得很,不用別人保護。」
– Vous n’avez pas besoin d’être défendue ! s’écria-t-il avec une animation croissante. Et alors ces hommes qui ont essayé de vous enlever ? Ce complot ourdi contre vous ? Ce complot dont vos agresseurs redoutent tellement la découverte qu’ils vont jusqu’à supprimer celui d’entre eux qui s’est laissé prendre ? Alors, quoi, ce n’est rien tout cela ? Je me trompe en affirmant que vous êtes environnée de périls ? que vous avez des ennemis d’une audace extraordinaire ? qu’il faut vous défendre contre leurs entreprises ? et que, si vous n’acceptez pas l’offre de mon assistance… eh bien… eh bien…
他越說越激動,大聲喊道:「您不需要人保護!那那些想綁走您的人呢?那樁針對您的陰謀呢?他們怕陰謀曝光,怕到連失手被逮的同夥都要滅口,這又怎麼說?這些難道都不算什麼嗎?難道是我弄錯了?您明明處處是危險?您的敵人明明膽大包天?您明明得提防他們下手?您要是不接受我的幫忙……那可就……那可就……」
Elle s’obstinait dans le silence, de plus en plus lointaine, presque hostile.
她執意沉默,越來越疏遠,近乎敵對。
L’officier frappa du poing le marbre de la cheminée et, se penchant sur la jeune femme :
軍官一拳捶在壁爐的大理石上。他俯身逼近年輕婦人:
– Eh bien, dit-il, achevant sa phrase d’un ton résolu, eh bien, si vous n’acceptez pas l’offre de mon assistance, moi, je vous l’impose.
「好吧,」他語氣堅決地把話說完,「好吧,您要是不接受我的幫忙,我偏要幫。」
Elle secoua la tête.
她搖了搖頭。
– Je vous l’impose, répéta-t-il fermement. C’est mon devoir et c’est mon droit.
「我幫定您了,」他語氣堅定地重複說,「這是我的職責,也是我的權利。」
– Non, fit-elle à demi-voix.
她低聲說:「不行。」
– Mon droit absolu, reprit le capitaine Belval, et cela pour une raison qui prime toutes les autres et qui me dispense même de vous consulter, maman Coralie.
「這是我絕對的權利,」貝爾瓦爾上尉接著說,「有個理由大過其他一切,讓我連問都不必問妳,柯拉莉媽媽。」
– Laquelle ? dit la jeune femme en le regardant.
她看著他問:「哪一個?」
– C’est que je vous aime.
「因為我愛妳。」
Il lui jeta ces mots nettement, non pas comme un amoureux qui risque un aveu timide, mais comme un homme fier du sentiment qu’il éprouve et heureux de le déclarer.
他把這句話說得乾脆,直接丟給她。他不像戀人那樣,戰戰兢兢冒險告白。倒像個男人,以自己的感情為榮,也樂於說出口。
Elle baissa les yeux en rougissant, et il s’écria, d’une voix joyeuse :
她臉一紅,垂下眼簾。他聲音歡快,喊道:
– Je ne vous l’envoie pas dire, hein maman ? Pas de tirades enflammées, pas de soupirs, ni de grands gestes, ni de mains jointes. Non, trois petits mots seulement que je vous adresse sans me mettre à genoux. Et cela m’est d’autant plus facile que vous le saviez. Mais oui, maman Coralie, vous avez beau prendre vos airs farouches, vous savez bien que je vous aime, et vous le savez depuis aussi longtemps que moi. Nous l’avons vu naître ensemble, ce sentiment-là, lorsque vos petites mains adorées touchaient ma tête sanglante. Les autres me torturaient. Vous, c’étaient autant de caresses. Autant de caresses aussi, vos regards de compassion. Autant de caresses, vos larmes qui tombaient parce que je souffrais. Mais, d’abord, est-ce qu’on peut vous voir sans vous aimer ? Vos sept malades de tout à l’heure sont amoureux de vous, maman Coralie. Ya-Bon vous adore. Seulement ce sont de simples soldats. Ils se taisent. Moi, je suis capitaine. Et je parle sans embarras, la tête haute, croyez-le bien.
「我這話可是親口跟妳說的,不是託人傳話的,對吧,媽媽?沒有什麼熱情如火的長篇大論,沒有嘆氣,沒有誇張的手勢,也沒有雙手合十求妳。就短短三個字,我站著跟妳說,不下跪。而且說起來就更容易了,因為妳早就知道了。對啦,柯拉莉媽媽,妳就是再擺出兇巴巴的樣子也沒用,妳心裡很清楚我愛妳,而且妳知道得跟我一樣久。這份感情,是我們一起看著它萌芽的,就在妳那雙惹人疼的小手碰著我血淋淋的頭的時候。別人碰我都是折磨,只有妳,每一下都是溫柔。妳心疼的眼神是溫柔,妳為我受苦掉下的眼淚也是溫柔。不過話說回來,有誰見了妳會不愛上妳呢?剛才那七個傷兵,可都愛上妳了,柯拉莉媽媽。亞邦也崇拜妳。只是他們是小兵,只能悶在心裡。我呢,我是上尉,我就抬頭挺胸、理直氣壯地說出來,妳要相信我。」
La jeune femme avait posé ses mains sur ses joues brûlantes, et le buste incliné, elle se taisait. Il reprit, d’une voix qui sonnait clairement :
年輕女子雙手貼著發燙的臉頰。她上身微傾,一語不發。他接著說,聲音清亮:
– Vous comprenez ce que je veux vous dire en déclarant que je parle sans embarras et la tête haute ? Oui, n’est-ce pas ? Si j’avais été, avant la guerre, tel que je suis aujourd’hui, mutilé, je n’aurais pas eu cette assurance, et c’est humblement, en vous demandant pardon de mon audace, que je vous aurais avoué mon amour. Mais maintenant… Ah ! croyez bien, maman Coralie, que là, en face de vous, qui êtes une femme et que j’aime passionnément, je n’y pense même pas, à mon infirmité. Pas un instant, je n’ai l’impression que je puis vous paraître ridicule ou présomptueux.
「妳懂吧,我說我講得抬頭挺胸、一點都不心虛,是什麼意思?對不對?要是在開戰前,我就已經是現在這個殘缺的樣子,我哪會有這種底氣,只會低著頭求妳原諒我太大膽,才敢跟妳說我愛妳。可是現在……啊!柯拉莉媽媽,妳要相信,現在站在妳面前,站在妳──一個女人、一個我熱烈愛著的女人──面前,我根本沒想到我的殘缺。我連一秒鐘都沒覺得,自己在妳眼裡會顯得可笑,或是太不自量。」