Il s’arrêta, comme pour reprendre haleine, puis, se levant, il repartit :
他頓了一下,像是要喘口氣。接著他站起身,繼續說:
– Et il faut qu’il en soit ainsi. Il faut que l’on sache bien que les mutilés de cette guerre ne se considèrent pas comme des parias, des malchanceux et des disgraciés, mais comme des hommes absolument normaux. Et oui, normaux ! Une jambe de moins ? Et après ? Est-ce que cela fait qu’on n’ait point de cerveau ni de cœur ? Alors, parce que la guerre m’aura pris une jambe ou un bras, même les deux jambes ou les deux bras, je n’aurai pas le droit d’aimer, sous peine de risquer une rebuffade ou de deviner qu’on a pitié de moi ? De la pitié ? Mais nous ne voulons pas qu’on nous plaigne, ni qu’on fasse un effort pour nous aimer, ni même qu’on se croie charitable parce qu’on nous traite gentiment. Ce que nous exigeons, devant la femme comme devant la société, devant le passant qui nous croise comme devant le monde dont nous faisons partie, c’est l’égalité totale entre nous et ceux que leur bonne étoile ou que leur lâcheté auront garantis.
「就該是這樣!要讓大家都搞清楚,這場戰爭留下來的傷殘者,不是賤民、不是倒楣鬼,也不是被老天遺棄的人,而是徹頭徹尾正常的人。對,就是正常!少一條腿,那又怎樣?難道腦子跟心也跟著沒了嗎?難道戰爭拿走我一條腿、一隻手,甚至兩條腿、兩隻手,我就沒資格愛人了?不然就等著被打槍,或是等人來可憐我?可憐?我們不要人同情,也不要人家硬逼自己來愛我們,更不要人家對我們客氣一點,就自以為在做善事。我們要求的,不管在女人面前還是在社會面前,不管是路上擦身而過的陌生人,還是我們活著的這個世界,就是跟那些靠運氣好、靠懦弱才全身而退的人,完全平等。」
Le capitaine frappa de nouveau la cheminée.
上尉又敲了敲壁爐。
– Oui, l’égalité totale. Nous tous, boiteux, manchots, borgnes, aveugles, estropiés, difformes, nous prétendons valoir, physiquement et moralement, autant, et peut-être plus que le premier venu. Comment ! ceux qui se sont servis de leurs deux jambes pour courir plus vite à l’attaque, une fois amputés, seraient distancés dans la vie par ceux qui se sont chauffés les deux pattes sur les chenets d’un bureau ? Allons donc ! Place pour nous comme pour les autres ! Et croyez que cette place, qui nous est due, nous saurons bien la prendre, et nous saurons bien la tenir. Il n’y a pas de bonheur auquel nous n’ayons le droit d’atteindre et pas de besogne dont nous ne soyons capables, avec un peu d’exercice et d’entraînement. La main droite de Ya-Bon vaut déjà toutes les paires de mains de l’univers, et la jambe gauche du capitaine Belval lui permet d’abattre ses deux lieues à l’heure, s’il le veut.
「沒錯,就是要完全的平等。我們這些跛腳的、斷手的、瞎了一眼的、全瞎的、缺手缺腳的、破相的,敢說不管是身體還是人格,都絕不比路上隨便一個人差,甚至還要更好。開什麼玩笑!當初靠著兩條腿衝鋒衝最快的人,截了肢之後,在人生這條路上,難道還會輸給那些窩在辦公室裡烤火取暖的傢伙嗎?少來了!別人有的位置,我們也要有!你們儘管相信,這個本來就屬於我們的位置,我們拿得到,也守得住。只要肯練、肯下功夫,就沒有哪種幸福是我們沒資格去追的,也沒有哪種活是我們幹不來的。亞邦那隻右手,一隻就抵得過全天下所有的手,」
Il se mit à rire, tout en poursuivant :
他笑了起來,繼續說:
– La main droite et la jambe gauche… la main gauche et la jambe droite… Qu’importe ce qui nous reste si nous savons nous en servir ? En quoi avons-nous déchu ? Qu’il s’agisse d’obtenir un poste, ou qu’il s’agisse de perpétuer la race, ne sommes-nous pas ce que nous étions auparavant ? Et, mieux encore peut-être. Je crois pouvoir dire que les enfants que nous donnerons à la patrie seront tous aussi bien bâtis, qu’ils auront bras et jambes, et le reste… sans compter un fameux héritage de cœur et d’entrain. Voilà nos prétentions, maman Coralie. Nous n’admettons pas que nos pilons de bois nous empêchent d’aller de l’avant et que, dans la vie, nous ne soyons pas d’aplomb sur nos béquilles, comme sur des jambes en chair et en os. Nous n’estimons pas que ce soit un sacrifice que de se dévouer à nous, et qu’il soit nécessaire de crier à l’héroïsme parce que telle jeune fille a l’honneur d’épouser un soldat aveugle !
「右手配左腿啦,左手配右腿啦……只要我們會用,剩下什麼有什麼要緊?我們哪裡比以前差了?不管是找工作,還是傳宗接代,我們不都還是原來的我們嗎?搞不好還更好。我敢說,我們將來生給國家的孩子,個個都會頭好壯壯,有手有腳,該有的都有……更別說還會繼承我們一顆熱血的心、一股幹勁。這就是我們的主張啦,柯拉莉媽媽。我們不接受木腿擋住我們的路,也不接受拄著柺杖過日子,就站得比兩條肉腿還不穩。肯為我們付出,不叫什麼犧牲;哪個年輕小姐嫁給失明的軍人,也用不著把她捧成英雄來歌頌!」
« Encore une fois, nous ne sommes pas des êtres à part ! Aucune déchéance, je le répète, ne nous a frappés, et c’est là une vérité à laquelle tout le monde se pliera, durant deux ou trois générations. Vous comprenez que, dans un pays comme la France, lorsque l’on rencontrera des mutilés par centaines de mille, la conception de ce qu’est un homme complet ne sera plus aussi rigide, et que, en fin de compte, il y aura, dans cette humanité nouvelle qui se prépare, des hommes avec deux bras et des hommes avec un seul bras, comme il y a des hommes bruns et des hommes blonds, des gens qui portent la barbe et d’autres qui n’en portent pas. Et tout cela semblera très naturel. Et chacun vivra la vie qu’il lui plaira, sans avoir besoin d’être intact. Et comme ma vie est en vous, maman Coralie, et que mon bonheur dépend de vous, je n’ai pas attendu plus longtemps pour vous placer mon petit discours. Ouf ! c’est fini. J’aurais encore bien des choses à dire là-dessus, mais, n’est-ce pas, ce n’est pas en un jour… »
「我再說一次,我們不是什麼特殊的人!我再強調一次,我們一點都沒有低人一等,再過兩、三代,這會是每個人都得認的道理。您想想,在法國這樣的國家,當大家在路上碰到幾十萬個傷殘的人,對『怎樣才算完整的男人』就不會再那麼固執了,說到底,在這個正在成形的新人類裡,有人有兩隻手臂,有人只有一隻,就像有人黑頭髮、有人金頭髮,有人留鬍子、有人不留一樣。這一切以後看起來都會很自然。每個人都能過自己想過的生活,不用非得身體完好才行。我的命都在您手上了,柯拉莉媽媽,我幸不幸福全看您,所以我才沒再等,一口氣跟您講了這番小小的演說。呼!講完了。關於這個,我還有好多話想跟您說,只是一天之內哪講得完,對吧……」
Il s’interrompit, intimidé malgré tout par le silence de la jeune femme.
他停了下來。儘管如此,年輕女子的沉默還是讓他有些不安。
Elle n’avait pas bougé depuis les premières paroles d’amour qu’il avait prononcées. Ses mains avaient glissé sur sa figure jusqu’à son front. Un léger frémissement secouait ses épaules. Il se courba, et, avec une douceur infinie, écartant les doigts fragiles, il découvrit le joli visage.
他說出愛意以後,她就一動也不動了。她的雙手掩著臉,滑到額頭上。肩膀微微顫著。他俯下身,動作輕柔至極,撥開她纖細的手指,露出那張清秀的臉。
– Pourquoi pleures-tu, maman Coralie ?
「妳怎麼哭了,柯拉莉媽媽?」
Le tutoiement ne la troubla point. Entre l’homme et la femme qui s’est penchée sur ses plaies, il s’établit des relations d’une nature spéciale, et en particulier, le capitaine Belval avait de ces façons un peu familières, mais respectueuses, dont on ne pouvait s’offusquer. Il lui demanda :
這樣的親暱稱呼,她一點也不介意。受了傷的男人,俯身照料的女人,兩人之間總會生出一種特別的情分。何況貝爾瓦爾上尉待人向來親切,又不失敬意,讓人無法見怪。他問道:
– Est-ce moi qui les fais couler, ces larmes ?
「這些眼淚,是我惹妳哭的嗎?」
– Non, dit-elle à voix basse, c’est votre gaieté, votre manière, non pas même de vous soumettre au destin, mais de le dominer de toute votre hauteur. Le plus humble d’entre vous s’élève sans effort au-dessus de sa nature, et je ne sais rien de plus beau et de plus émouvant que cette insouciance.
「不是。」她低聲說:「是您的開朗,是您面對命運的樣子——不是低頭認命,而是高高站在命運的上頭。你們裡面再平凡的人,都能輕輕鬆鬆超越自己,我覺得再也沒有比這種豁達更美、更動人的了。」
Il se rassit auprès d’elle.
他在她身邊坐了下來。
– Alors vous ne m’en voulez pas de vous avoir dit… ce que je vous ai dit ?
「那您不會怪我跟您說了……那些話吧?」
– Vous en vouloir ? répliqua-t-elle, affectant de se tromper sur le sens de la question. Mais toutes les femmes sont d’accord avec vous ! Si la tendresse doit faire un choix entre ceux qui reviendront de la guerre, ce sera, j’en suis certaine, en faveur de ceux qui ont souffert le plus cruellement.
「怪您?」她故意裝作會錯意,回道:「可是所有的女人都同意您說的啊!如果溫柔要在那些從戰場回來的人當中挑一個,我敢說,一定會挑吃最多苦的那一個。」
Il hocha la tête.
他搖了搖頭。
– C’est que moi, je demande autre chose que de la tendresse, et une réponse plus précise à certaines de mes paroles. Dois-je vous les rappeler ?
「其實我要的不只是溫柔,我之前跟妳說過那些話,我要一個更清楚的回答,要我提醒妳嗎?」
– Non.
「不用。」
– Alors la réponse…
「那,答覆呢……」
– La réponse, mon ami, c’est que vous ne les direz plus, ces paroles.
「朋友啊,答覆就是,這種話您以後別再說了。」
Il prit un air solennel.
他神色一正。
Vous me le défendez ?
您不許我說?
Je vous le défends !
我不許您說!
– En ce cas, je vous jure de me taire jusqu’à la prochaine fois où je vous verrai…
「這樣啊,那我就發誓閉嘴,等下次見到您再說……」